Musique d’ailleurs (1): Ennio MORRICONE – Giù la testa- Il était une fois la révolution (1972)

La rubrique Musique d’ailleurs se propose de visiter des univers musicaux qui sortent de l’univers pop/rock/soul/etc et de nous balader dans les musiques du monde ou du classique etc. Bref, tout ce qui n’entrera pas dans nos rubriques habituelles.

Giù la testa by Ennio Morricone (Album; SLC; SLCS-7143): Reviews, Ratings,  Credits, Song list - Rate Your Music

Bon, autant vous le dire tout de suite, je n’aime pas les bonus. Vous savez, ces trucs qui vous délaient un truc génial de 35mn en un machin de 70mn à vous en dégouter à force d’y mettre des versions live, des versions mono, des prises alternatives de chansons qui, à force d’être ainsi répétées, finissent par vous donner des boutons. Ou ces soit disant bonus de chansons que les artistes avaient délibérément laissées de côté, la plupart du temps avec raison. Certes, il y a des bonnes surprises, des petits diamants bruts ou parfaitement taillés qui brillent de tous leurs feux, mais l’essentiel rentre dans cette première catégorie si dispensable. Aujourd’hui, c’est comme si tout ce qui avait été enregistré méritait de sortir et qu’il n’y avait plus de tri à faire (ou que cela devienne le boulot de celui qui écoute)…

Le disque dont je vais vous parler est certainement connu de tous les amateurs de western (et des autres), tellement les thèmes du disque sont devenus universels. Les westerns, c’étaient un truc que je partageais avec mon papa. Je pouvais me blottir la tête contre lui et j’avais le droit de me coucher plus tard pour le regarder avec lui. Et c’est un truc qui m’ait resté, j’aime toujours en regarder.

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Ennio Morricone avec Sergio Leone

Pour moi, Giù la Testa (soit en français « Il était une fois la Révolution » , un titre finalement bien vu mais qui n’a rien à voir avec l’original qui voudrait dire plutôt « La tête baissée » et qui prouve qu’il n’y a pas de trilogie avec les deux autres « Il était une fois… » de Sergio Leone), il s’agit de la plus belle œuvre de Morricone, du moins de ce que j’en connais (et cet album m’a poussée à chercher plus loin, croyez-moi). Une musique qui, pour moi toujours, surpasse même le film (pourtant très bon, avec son magnifique romantisme désabusé et désespéré, son discours politique lucide et toujours pertinent). Certes, les images vous trottent toujours un peu dans la tête (aaah ! les flash-backs en Irlande ; oooh ! le long plan fixe dans la grotte avec les enfants, ah oh l’explosion final du train), mais les émotions suscitées par les oreilles sont plus fortes encore.

Film stasera in tv: GIÙ LA TESTA di Sergio Leone (lun. 5 ott. 2020) | Nuovo  Cinema Locatelli
C’était une mèche longue ou une mèche courte, d’après vous?

Mais voilà, ça va me faire mal de le dire, mais ici, le CD bonus est même meilleur que le premier CD. Oui, vous lisez bien. Donc, même si vous connaissez par cœur cette musique, vous allez pouvoir vous y replonger. Bien sûr, MORRICONE n’a mis de côté aucun thème qu’on ne connait pas, seulement, toutes ces variations qu’il fait autour d’eux, comme le feront plus tard les DJ, prolongent divinement le plaisir. Non, rectification, elles ne le prolongent pas, elles le décuplent, elles donnent envie d’écouter tout ça en boucle. Et ce bonus est tout simplement trop court ! Alors, vous pouvez faire comme moi : soit le remettre, soit glisser à la place le CD1 ou soit aller dénicher une autre merveille de MORRICONE. Mais la mélancolie dégagée par ces quelques thèmes qui se mélangent, se superposent, se complètent, se glissent en vous à vous rendre benoitement heureux de la vivre si fort comme si l’instant présent n’existait plus.

Giù La Testa, film stasera in tv su Rai 3: la trama
Vous avez intérêt à commenter l’article ou on vous flingue!

Et puis, outre celui de vous abstenir de rêvasser sur les images qui émergeront sans doute de votre mémoire, je vous propose un ultime défi : saurez-vous écouter ces morceaux sans à votre tour siffler l’un des thèmes une seule fois dans la journée ?

Et histoire de vous rafraichir la mémoire, un extrait à la beauté abyssale de retenu et qui dit merveilleusement tout ce que les images taisent (à vous de vous rappeler la scène)…

Il est pas bouleversant ce thème?

Pour l’écouter, vous devriez trouver par là

Audrey (mise en image par Moose)

Si vous aussi, vous avez une musique d’ailleurs à nous faire partager, contactez-nous ici.

PS IMPORTANT: Pour la St-Valentin, nous souhaiterions vous proposer une rubrique spéciale « slows qui tuent« , si possible en sortant des chemins battus. Donc merci à tous de nous communiquer vos listes que nous proposerons pour cette occasion à l’adresse ci-dessus.

6 réflexions sur « Musique d’ailleurs (1): Ennio MORRICONE – Giù la testa- Il était une fois la révolution (1972) »

  1. Waouh ! Cela faisait au moins un siècle que je n’avais pas écouté cette musique. Comme tout le monde, sans doute, je connais ces musiques pour les avoir (trop ?) écoutées dans une autre vie. Pourtant, Gui la testa, ce film ne me dit rien. Le titre français me parlerait sans doute d’avantage, malgré mon aversion pour les versions doublées.

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    1. En français, c’est Il était une fois la Révolution. Je pense que tu as dû au moins le voir une fois dans ta vie. « Méche courte? », ça ne te dit rien?

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  2. C’est avec plaisir que je prends cette version, emballé que tu as été des bonus.
    Pour l’anecdote, j’ai un ami, un peu snob mais pour la bonne cause, qui m’avait préparé une compilation des musiques de Ennio de 1967 – 1975.
    Il s’en est écœuré, car il a écouté les BO entières pour ne me garder que l’essentiel, cad il a supprimé les ambiances ou les répétitions.
    Pourquoi Snob? Car il considère sa carrière devenir plus classique ou recyclant son passé. C’était au moins le plaisir de polémiquer avec lui, car il y a encore de belles pépites par la suite, « Mission »… « Professionnel ». Mais je comprends ce qu’il voulait dire par là, la meilleure illustration est la BO du Tarantino « The Hateful Eight ». Une BO talentueuse où Monsieur Morricone n’avait plus qu’à se servir dans sa boite à outils… pourquoi s’en priver hein? Après tout nous parlons du « maestro »!!!!

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    1. Le problème avec lui est qu’il a (a priori) fait aussi de grande musique pour de mauvais films…. En plus, c’est la vraie version, on trouve sur le net des fichiers, mais réenregistré, sans doute pas par le Maestro. L’alchimie n’est pas la même.
      Et tu me diras ce que tu penses des bonus…

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  3. Pour l’ajout de bonus, je suis d’accord que c’est rarement une réussite. De manière générale la pleine utilisation de la longueur du format cd n’a jamais donné un bon résultat. Sans même parler de bonus, du jour où les groupes ont commencé à vouloir fournir 70mns de musique d’un trait, la qualité de leurs disques à quasi-systématiquement plongé. Les doubles albums réussis au temps du vinyl n’étaient pas légion et voila que tout le monde en enregistrait l’équivalent. Ok, je suis hors sujet.

    Donc les bonus. Quand on sait les heures passées par les uns et les autres pour définir où placer le hit sur la face A d’un 33t, où glisser le titre audacieux, où enterrer celui un peu honteux, on se dit que rallonger vulgairement la sauce à coup de 45t hors album ou de leur face B, ou plus souvent de titres jugés à l’époque trop faibles, est un drôle de cadeau empoisonné à faire à ses constructions savantes. Plus encore sur un support qui déjà foutait en l’air l’équilibre des deux faces. Pire, tous ceux qui découvraient le disque ainsi reconfiguré, et affaibli, allaient s’en faire un avis faussé par ses ajouts que rien ne distingue de l’écoute du disque original. On en a déjà parlé, regrouper les bonus sur un support à part est la meilleure solution pour une démarche qui n’en demeure pas moins intéressante. J’aimais bien le système des coffrets (celui de Los Lobos, El Cancionero est un exemple de ce qu’il faut faire), hélas ils sont devenus un tel business que pour tenter d’en justifier le prix devenu exorbitant ils sont dorénavant inutilement remplis jusqu’à l’écœurement (qui peut écouter 10 prises d’affilée d’une même chanson ?).
    On le voit bien, le business a l’art de rendre médiocre toute bonne idée qui soit à sa portée.

    Et voila Ennio Morricone, l’exception qui confirme la règle ? Une musique de film est par définition tronquée de toutes parts pour coller aux images. A tel point que la plupart du temps les compositeurs ne développent pas les thèmes au delà de la durée nécessaire, ce sont les fameux scores qui peuplent les B.O et nourrissent nos frustrations. Et c’est souvent très bien ainsi. Le Tubular bells de Mike Oldfield devient vite casse-bonbons sitôt qu’il déborde des quelques secondes utilisées dans L’Exorciste. Non ? Vous aussi vous l’avez tenté sous trip ? Ok, c’est bien la seule façon de l’apprécier sur toute sa durée )))
    Sauf que dans le cas de l’italien, on crève d’envie qu’il déploie ses thèmes en une œuvre lyrique aboutie. Qu’il incarne ce rôle de grand compositeur classique de la seconde moitié du 20eme siècle, qu’il justifie enfin son surnom de Maestro. Même s’il n’a pas le génie requis pour se prétendre héritier de Stravinsky, il en a quand même suffisamment pour ne pas devoir cohabiter avec Eric Serra dans les bacs des disquaires.
    D’où sa volonté de développer des thèmes qui en ont le potentiel. Pour le coup, ce n’est carrément plus du bonus que l’on est en droit d’espérer, mais quelque chose de l’ordre de la sublimation. Et c’est là hélas qu’il atteint ses limites. Comme tu le dis c’est trop court. Et c’est trop court parce qu’il ne parvient pas à se défaire suffisamment du thème pour en arriver à le transcender en une œuvre qui deviendrait magistrale. Maestro, il est, mais dans son domaine uniquement, la musique de films, et seulement parmi beaucoup d’autres (Bernard Herrmann les surpasse tous à mon avis), mais je ne parviens toujours pas à me défaire d’un sentiment d’inachevé lorsque j’écoute ses partitions, qui bien souvent se confondent et se jumellent avec un peu trop de suffisance.
    Alors, certes, C’era una volta il west, plus que Giu la testa en ce qui me concerne, est un intense condensé des sentiments humains exprimés avec un sidérant lyrisme qui atteint avec fulgurance le plus profond de l’âme. C’est aussi la démonstration qu’Ennio Morricone n’est jamais meilleur que dans la contrainte. Et que ce bonus est au final encore plus frustrant que le disque qu’il accompagne.
    On n’en sortira jamais ))))

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