Rubrique: Hommage à (1)… Chick Corea par Zocalo

Nous avions indiqué au début de notre blog que nous voulions mettre en avant les albums et les chansons, mais aussi les compilations « maison ». Souvent, une compilation maison en dit long sur celui ou celle qui l’a fait, par ses choix, ses enchainements, ses humeurs… Celle-ci est un peu plus que ça, puisqu’il s’agit d’un hommage et nous a été concoctée spécialement par Zocalo que nous remercions vivement, car nous ne connaissions pas du tout ce grand artiste.

Lorsqu’Audrey, au tout début des Rubriques en vrac du Rock, m’a proposé de faire une compile sur Chick Corea, je ne pensais pas qu’elle allait prendre la forme d’un hommage posthume. Chick nous a en effet quitté un triste 9 février de cette année 2021. Avec Herbie Hancock, Keith Jarrett et quelques autres, Chick Corea a été un des pianistes majeurs de la période 1970 à nos jours dans le jazz. Mais bien sûr, s’il figure sans ce blog, c’est qu’il n’a pas été que cela.

Gilles Peterson – Chick Corea Tribute – Worldwide FM

Dans ces années, les pianistes découvrent les premiers synthétiseurs, les Moog, les ARP
Odyssey, les Prophet V, les Yamaha DX7. Durant toute sa carrière, Chick Corea va passer du
piano acoustique, qu’il jouera dans le cadre de groupes plutôt jazz, aux synthés qu’il va jouer au sein d’un groupe spécialement composé à cet effet, l’Elektric Band.
Dans le même temps, les pianistes issus du rock suivent la même évolution et donnent
naissance au Rock progressif. Le Jazz-Rock, de son côté, initié d’abord par Miles Davis,
Weather Report et donc Chick Corea et Herbie Hancock, devient Fusion dans les années 80.
Mais les frontières entre les deux styles sont loin d’être étanches, bien au contraire. Pourquoi par exemple le groupe canadien Uzeb est-il catalogué en Fusion, alors que Yes est rattaché au rock progressif ? Parce que le rock possède le plus souvent une partie vocale alors que le jazz reste plus volontiers instrumental ? Mouais, peut-être, mais certains des morceaux qui figurent ici possèdent une partie vocale, même si la voix est ici traitée comme un instrument, comme le faisait si bien Duke Ellington. Pour l’anecdote, c’est Gayle Moran, seconde épouse de Chick qui assure cette partie vocale.

Un autre aspect fondamental (surtout pour moi) de la musique de Chick Corea est son
ouverture vers la musique espagnole et latino-américaine. Tout comme John Coltrane et Miles Davis dans sa collaboration avec Gil Evans, tout comme Maurice Ravel et Édouard Lalo avant eux, Chick est fasciné par la richesse de la musique modale dont la musique espagnole se fait une spécialité. Son album le plus célèbre, « My Spanish Heart« , est d’ailleurs tout entier consacré à ce style si particulier. Quant à son ultime album, « Antidote« , sorti en 2019, il s’agit d’un excellent disque de salsa. Cet aspect du musicien n’est pourtant pas trop développé dans cette compile, car s’exprimant plutôt dans le cadre des orchestres jazz de Chick. Je vous recommande néanmoins « Day Dance« , « Night Streets« , « Central Park » et bien sûr « Spain » qui s’ouvre sur une citation du concerto d’Aranjuez de Joaquín Rodrigo.

Finalement, cet aspect de la musique de Chick Corea n’est pas si mal représenté ainsi.

Pour découvrir cet artiste cette sélection, ça se passe ici.

Zocalo

Et si, vous aussi, vous avez envie de rendre hommage à un artiste,  contactez nous.

17 réflexions sur « Rubrique: Hommage à (1)… Chick Corea par Zocalo »

    1. Aaaaaaaaaaaaaah, une polémique ! J’adore. Alors, si on conserve « du rock », qui s’interdit-on de publier ? Yes et Jethro Tull, est-ce du rock ? Joe Jackson et Dead Can Dance, est-ce du rock ? Genesis et Pink Floyd, est-ce du rock ?

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      1. Oui, mais bon, si on oublie pas le sujet de départ. ^-^

        Je t’avoue qu’aux premières secondes, je me suis dite que c’était le genre de jazz que je n’aimais pas. Notamment, ce son électro-accoustique façon 70/80s. Mais passer les premiers morceaux, le charme a opéré. Mais je crois que je préfère malgré tout le jazz quand il sonne pas rock. Et d’un autre côté, ta compilation m’a permis de bousculer mes préjugés (j’aime pas en avoir), car j’ai pris plaisir à l’écouter plusieurs soirs d’affilé. Et on sent que Chick Corea ne se limite pas à un genre et que son œuvre doit être vaste. Et ta compilation est vraiment très bien construite pour ça aussi, je trouve.
        Donc merci pour cette découverte.

        Audrey

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      1. La Rubrique à Brac du Rock. Ça aurait de la gueule, non ? Ah zut, on me souffle dans l’oreillette que le nom est déjà pris.

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      2. Oui, c’est un clin d’œil à GOTLIEB.
        Pour Chick Corea, je suis moi aussi face au paradoxe du son qui me rebute un peu, parce que je n’aimais pas ce son ado. Mais, au fil des morceaux, j’ai plongé ans son univers et ai fini par l’oublier. J’ai même récupéré Spanish Heart pour creuser.
        Francis

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  1. C’est vrai que ce son des années 70 et 80 a vieilli, et c’est normal. Tout a évolué, depuis cette époque: le son des synthés, des guitares, la façon d’enregistrer a beaucoup changé également. Mais ça, c’est l’ordre naturel des choses. Le son d’Emerson, Lake & Palmer (un autre fan des Moog) a pris un sacré coup de vieux, lui aussi.

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  2. Il était temps que je passe par ici…
    Enfin, le temps… ces temps…
    Bref,

    Un article sur Chick Corea là où l’on parle de rock ça surprend tant que ça attire et témoigne de l’ouverture des protagonistes du blog, ça me plait forcément.
    Chick Corea, je lui ai forcément rendu hommage de mon côté. Il fait partie de ces artistes qui ont marqué une certaine génération dont je suis… qui (se) cherchait au delà du prog et qui est entrée dans le jazz par un jazz dit communément rock.
    De là, soit on restait bloqués à ce genre qui a évolué en fusion et au sein duquel les claviers effectivement avaient la part maitresse tant en mode de composition, que d’arrangement, de son mais aussi de technologie.
    C.Corea a suivi toutes ces évolutions, a poussé le spanish style qu’il adulait avec ses gammes et usages issues de la guitare qu’il a transposées pianistiquement, il a aussi gardé intact son engagement envers le free jazz et maintenu le cap de son patrimoine pianistique avec B.Powell, Monk…
    Sans parler de la musique contemporaine (C. Corea se chauffe les doigts avant concert sur la sonate de Berg…)
    Instrumentalement C.Corea reste un pianiste plus qu’un claviériste.
    Je distingue les deux « écoles », la première (dont tiens, justement, K.Emerson pourrait être référencé) est la transposition sur tout ce qui est touches blanches et noire du jeu pianistique avec finalement, une sorte de transfert.
    La seconde à mon sens est plus équivalente à celle d’un transfert d’un jeu organiste, autrement dit, plus en rapport avec un mode orchestrateur usant des sons pour donner une dimension orchestrale. Ce n’est pas nouveau, Bach…
    Bien entendu la frontière entre les deux n’est pas un mur et les passages de l’un à l’autre sont fréquents, car souvent ces instrumentistes connaissent les deux approches, mais cela reste malgré tout assez lisible.
    Prenons Zawinul, son jeu est carrément orchestral et issu de l’orgue.
    Juste à ses côtés Rick Wakeman chez Yes opère de la même façon même si ses incartades pianistiques révèlent « une double formation » (cf Awaken album Going for the One où il passe avec brio de l’un à l’autre en plus en instruments réels).

    C’est sans doute l’une des raisons qui me font adorer C.Corea quand il est plus compositeur que pianiste et surtout donc sa musique plus que son jeu instrumental.
    Ceci dit, pianiste de métier moi même aborder C. Corea c’est un sacré monument tant technique que d’usages de langage, un peu comme tout univers spécifique donc on en revient à Monk ou Powell et Berg…
    Pas de fumée sans feu.
    C.Corea est un immense compositeur et pas « que » de jazz, mais toutes catégories confondues. Ses Children’s song en témoignent et commencent (enfin) à devenir un passage d’études pianistiques logique comme Bartok ou Debussy dans le même registre à caractère pédagogique. Ces pièces résument bien tant son versant compositeur que son langage pianistique de façon évolutive. On est loin de l’amusette Kurtag et ici le ludique à caractère pédagogique prend véritablement sur une matière conçue en véritables compotitions.
    En trio avec Vitous et Haynes il reste juste incroyablement libre et ouvert comme chez Circle d’ailleurs.
    Ses duos avec G.Burton, quelle finesse !
    Comme nombre de musicos de ma génération on a forcément écouté en boucle Return to Forever puis l’Elektric Band et de façon annexe ses albums tels que Spanish Heart – pour ce dernier je me suis frotté à jouer Armando’s Rhumba il y a qq années proposé par un collègue pour une concert de profs dans l’établissement dans lequel j’enseigne. Ca semble simple, ça rend de suite très modeste dès les premières mises en place et ça impose direct de revoir sa copie et de plonger ou se replonger dans ce langage si particulier basé sur des modes harmoniques qui sont la couleur du bonhomme.
    Perso l’album Friends fait partie de ceux pour lesquels il a composés de pures perles tout comme son quartet avec Gomez, Gadd et M. Brecker.
    Corea chez ECM c’est un pendant de point d’équilibre avec Jarrett versant purement créatif.
    L’Elektric Band ça a été la grande claque et on a tous foncé vers le système MIDI, les octapads, bref l’artillerie de synthèse. On y a laissé des cachets de salaires et la mode de ces sons a dévalué tout ça au placard ou au bon coin. Restent des compositions là encore superbes, derrière cet arsenal qui masquerait presque une forêt créatrice très inspirée ou parfois très prétexte (le vilain côté obscur de Chick) à des démonstrations techniques n’ayant que peu de substance musicale et relevant de la joute frimeuse entre protagonistes (pour cela les albums de joutes duos avec Herbie sont à ranger dans la catégorie grosse fatigue où à passer en musique de fond même à faible volume pour faire partir les invités d’une soirée qui semble s’éterniser).

    Un bel hommage envers un artiste qui a qu’on le veuille, le critique, l’aime ou non, marqué des générations si ce n’est traumatisé nombre de pianistes dont je suis.
    Merci

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    1. Très beau commentaire et très instructif. Quand je lis ce qu’a écrit le pauvre Eudeline sur Chick Corea dans R&F, de manière très condescendante voire suffisante (je le résume: en gros, le rock avait un complexe sur le jazz et a fini par l’intégrer et le digérer, du coup, le jazz a été fasciné par le rock mais, lui, n’a pas su le digérer et, en plus, ne sait pas se renouveler car aucun artiste de jazz n’a émergé depuis 50 ans. Oui, monsieur. Tout ça. Qu’est-ce qu’ils sont forts, ces musiciens de rock!)
      En tout cas, tu apportes un éclairage très intéressant; à la fois technique et intelligible du novice, on te remercie vivement!

      Pour ce qui est du contenu du blog, oui, il y a rock dans le nom, mais aussi en vrac. Donc on se moque des chapelles et des cloisons. Certes, Audrey et moi n’avons pas la connaissance et donc la crédibilité pour aborder avec profondeur le jazz ou le classique, mais on ne veut pas se cantonner au rock. Pour nous, le rock est désormais plus une sorte de langage et d’esprit qu’un style. Du moins, c’est comme ça qu’on veut l’aborder. Il pioche un peu partout désormais et c’est bien ça que je trouve fascinant. C’est une porte ouverte sur plein de chose, dans un contexte finalement pas élitiste (même s’il peut l’être parfois). A la base, c’est une musique profondément populaire.

      Francis

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      1. Merci, je repasserais forcément, j’ai commencé à lire les sujets et groupes abordés, de quoi tant découvrir qu’échanger.

        Pour R’n’F et leurs « articles », j’ai décroché depuis fort longtemps, pour des raisons de superficialité ou d’engagement pas spécialement objectif…
        Ado j’avais pourtant R’n’F aux côtés de Best, Extra puis ce furent Jazz Mag et Hot, ce fameux jazz-rock m’ayant emmené vers le jazz et une attitude clairement revendiquée. A cette époque et sans passéisme nostalgique ou vieillissant non seulement l’on savait écrire mais aussi il y avait, non une culture des dates, mais de l’écoute, de l’analyse et tout simplement de la musique.
        Tout cela n’est plus dans ces revues, ou tellement rare que les suivre ne fait plus partie de mon quotidien.
        Pour autant je ne vais pas jusqu’à dire, comme certains bloggers s’affichent à le faire, que la presse musicale n’est ou ne sert à rien ou encore qu’elle est qq part « achetée » par les majors. Il lui faut et ses acteurs avec, survivre…
        Il faut rester à sa place et la notre reste simplement celle du partage et quand on veut gueuler ce qui est normal, légitime ou autre, le faire avec respect et surtout une connaissance là, pour le coup, équivalente à « journalistique » pour avoir un gage de crédibilité.
        Un récent débat bloggué sur la culture en France et le manque de créativité m’a atterré … non de réalisme quand à nombre de constats (effectivement discutables mais que j’ai constaté identiques aux griefs), mais d’inconsistance justificative reposant d’abord sur une attitude nihiliste sans pour autant connaitre la réalité du terrain professionnel de cette culture en France qui n’est qu’une façade internationale car ancrée dans l’image patrimoniale du pays alors que pour ses acteurs (étant prof de musiques actuelles et jazz et envoyant ados puis étudiants vers la vie professionnelle je connais plus que véritablement le sujet) c’est un quotidien relevant d’une véritable précarité.
        Créer à tout prix ou à quel prix pourrait être un captivant article plutôt que constater ou croire qu’il ne se passe plus rien chez nous. Si cette problématique existe réellement, ce qui reste à concrètement démontrer, elle puise socialement ses racines bien en amont et en tout cas j’ai de quoi cibler des pistes explicatives. Mais je ne veux pas être aussi pessimiste ou défaitiste – l’art et la création sont des domaines fluctuants.

        Quant à l’ouverture du rock, sache pour conclure que si j’ai choisi dans la sphère de l’enseignement spécialisé celui des musiques dites actuelles dont le rock fait partie de façon clairement prioritaire, c’est bien – rapport par exemple au jazz tant joué qu’enseigné aujourd’hui qui s’est enlisé dans le conformisme par l’élitisme de ses acteurs – et justement pour cette ouverture.
        Fondamentalement populaire et pourtant cela ne l’a jamais empêché bien au contraire d’être fondamentalement imaginatif, créatif et d’aller défricher des terrains que le musicien dit « savant » ne sait pas et même ne peut pas décrypter. Mais attention, rien n’est encore gagné car le normatif prend du terrain et du pouvoir et le côté fun de l’affaire a progressivement été observé comme par trop incontrôlable… alors…

        à bientôt.

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      2. Le problème de la référence par rapport à la créativité artistique de la France, c’est aussi qu’on on prend les siècles passés et surtout les 2/3 du 20eme siècle où la France dans l’art a vraiment rayonné très fort, tant au niveau compositeurs, peintre, écrivains, philosophe et surtout cinéma. Donc la France est rentrée dans le rang et c’est pas grave. On n’est plus la grande nation coloniale du passé, mais un petit pays. On représente même pas 1% de la population et on aimerait toujours être une grande nation sur tout, ce qui reste très égocentrique.
        A la place, on a gagné une grande équipe de foot (?) et de hand (?), c’est déjà ça… ^-^

        Francis

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  3. Impressionnante synthèse, Pascal. Le parallèle entre Chick Corea et JS Bach me ravit (et pas seulement à moitié, ni au quart, bref, je suis ravi sans quart…)

    J’ai lu aussi ton article sur ton blog, où tu fais le parallèle avec Keith Jarrett (les fameux trios). Mais je constate que le grand absent de nos commentaires, c’est Herbie Hancock. C’est très injuste. Pour moi, autant comme pianistes que comme défricheurs, Chick et Herbie ont eu des parcours assez similaires. Keith Jarrett est un excellent pianiste, mais je ne le vois pas comme un défricheur, comme un novateur.

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  4. Je partage tout à fait ton avis, grand fan d’herbie que je suis…
    mais le temps joue pour moi et un hommage envers ce grand artiste demande un sacré article.
    je vais y penser.
    et chez herbie il n’y a pas que les blue notes célèbres il y a aussi les géniaux sunlight et autres mr hands…
    bon, je vais réfléchir à tout ça…
    merci

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