A redécouvrir (4): Daniel Johnston- Songs of Pain (1980-81)

D’abord merci à Eric pour ce partage de fichier. Et voici ses mots pour présenter cet album quand il nous l’a envoyé: « Daniel il est beau quand il est tout nu. Cajolé, chouchouté, très bien entouré, il est également bon, mais rien ne vaut ses débuts. L’innocence pure, la magie, tu sais ce que c’est? Écoute« . Et il a raison.

On ne reviendra pas sur le fait que Daniel Johnston n’était pas comme vous et moi et vivait dans un monde à lui, qui le faisait flirter avec une douce folie.

Daniel Johnston - Inkulte

Dans ce disque, il y a deux choses qui immédiatement nous interpellent. La première est ce son brut. On qualifie d’ailleurs souvent sa musique d’Art Brut. Nous ne sommes pas tout à fait d’accord. Nous dirions plutôt « enregistrement brut ». En effet, vous n’aurez droit ici à aucune fioriture. Et cela produit un curieux effet, on ne peut s’empêcher d’imaginer la chanson sans ce traitement si ingrat. Il y a comme une résurgence de Brian Wilson chantant Surf’s up seul au piano avec la version finale qui figure sur l’album (que nous avions évoquées dans notre première plus belle chanson du monde ici). Et le parallèle avec ce géant de la musique n’est pas fortuit, plus d’une fois on songe à lui, avec son inaptitude à vivre dans notre monde et parce que les deux entendent des musiques que seuls, eux, peuvent entendre, Ou encore avec le traitement qu’avait fait Yo La Tengo avec sa chanson Speeding Motorcycle que nous évoquions dans notre dernière Chasse aux Chansons… Parfois, montrer la beauté cachée ne la rend pas plus belle, juste différente.

Etrangement, ce travail inconscient qui s’opère en nous rappelle aussi celui qui se déclenchait avec Psycho Candy de The Jesus and the Mary Chain, avec leur mur de larsen qu’il fallait surmonter pour découvrir de merveilleuses mélodies, avec cette question latente: « La mélodie aurait-elle été plus forte et belle sans ces bruits parasites ou est-ce justement eux qui, en stimulant notre imaginaire, la rende plus belle encore, parce que nous devons faire cet effort pour l’apprécier (et donc nous l’imaginer)? »

Donc, oui, on est un peu dans cette situation. Dans notre tête flotte une musique qui n’est pas mais que nous entendons un peu en parallèle du disque. Mais nous sommes également surpris par le second point. La voix. On ne peut s’empêcher d’entendre un enfant chanté. Or, l’album s’appelle Songs of Pain et ce n’est pas innocent. Ainsi, parfois, on entend un morceau qui semble un peu insignifiant, parce que simpliste, et soudain, les mots qui sont chantés nous sautent à la gorge par leur cruauté. C’est un monde impitoyable pour une grande âme d’enfant. Donc plutôt que Musique brut ou pourrait presque dire Musique pure.

L’un et l’autre, on ne pratique pas le piano, donc on serait incapable de juger de la sophistication de ces notes qui accompagnent le chant, mais il nous semble que sa technicité est certainement un peu plus virtuose qu’il n’y parait. D’ailleurs, il y a parfois des envolées lyriques, des dérapages, qui contribuent aussi à rendre le disque fascinant. Si on imagine un être naïf, un peu rêveur, un peu immature, et que nous avons là un doux dingue qui n’aurait pas eu d’autres choix que de le faire avec son petit magnéto, les mots chantés et sa technique montrent que la démarche est beaucoup plus lucide qu’il n’y parait et que nous avons là un véritable geste d’artiste.

Donc, oui, il y a parfois des morceaux qui paraissent insignifiants, d’autres qui pourraient sonner comme des petites symphonies de poche, comme l’aurait fait Brian Wilson. Toujours est-il que l’écoute de ce disque est bien souvent plus bouleversante que n’importe quel autre disque de rupture ou d’introspection narcissique et, en même temps, elle est salutaire, car il y a justement quelque chose d’innocent qui nous rebascule dans notre enfance, avec nos rêves de grand amour ou d’un monde qui nous ouvrirait grand les bras. Daniel Johnston nous montre qu’il faut du courage pour continuer d’y croire, même si on prend parfois de sales coups et que ça fait mal.

Le tout, c’est de continuer d’essayer…

Et on vous laisse sur ce joli portrait de l’artiste pour faire plus ample connaissance avec lui:

..et cette reprise par Beck de l’un de ses grands classiques en guise d’ultime argument pour écouter ce disque:

Daniel JOHNSTON- SONGS OF PAIN (1980-81)

upload.wikimedia.org/wikipedia/en/e/e6/Songs_of...
  1. « Grievances »
  2. « A Little Story »
  3. « Joy Without Pleasure »
  4. « Never Relaxed »
  5. « Brainwash »
  6. « Pot Head »
  7. « Wicked World »
  8. « Lazy »
  9. « I Save Cigarette Butts »
  10. « Like a Monkey in a Zoo »
  11. « Wicked Will »
  12. « An Idiot’s End »
  13. « Wild West Virginia »
  14. « Since I Lost My Tooth »
  15. « Urge »
  16. « Living Life »
  17. « Tuna Ketchup »
  18. « Premarital Sex »
  19. « Don’t Act Nice »
  20. « Hate Song »

Pour découvrir que cela vaut la peine, c’est ici

Audrey et Francis

Et si, vous aussi, vous avez envie de nous faire redécouvrir un disque, contactez-nous ici.

10 réflexions sur « A redécouvrir (4): Daniel Johnston- Songs of Pain (1980-81) »

  1. C’est grâce à toi, Francis, que je me suis ré-intéressé à WordPress, d’un point de vue professionnel. Du coup, je suis sur plusieurs chantiers qui vont provisoirement m’éloigner des blogs et des commentaires. Je vais être plus discret pendant quelque temps, mais je continue à vous suivre de loin. Merci beaucoup !

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    1. Pas de souci. Si je peux t’aider pour WordPress… mais je ne suis pas forcément un cador. Je n’arrive pas, par exemple, à créer une liste de blogs dans les menus à droite et gauche…

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  2. 1000 mercis !!!
    Album merveilleux que je range de suite à coté des meilleurs sparkelhorse. Je vais de ce pas essayer de trouver d’ autres albums de mon nouveau chanteur préféré

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    1. Merci pour ce retour enthousiaste. Sois le bienvenu et n’hésite pas à nous laisser des commentaires (même si pas si enthousiaste ^-^), car c’est en partie ce qui nous motive!

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  3. Merci d’avoir mis de nouveau Daniel Johnston à l’honneur. Votre analyse est brillante, et écrite avec le cœur. Si vous, et où jluc weller, ou quelqu’un(e) veut un ou plusieurs albums, laissez l’adresse de votre boîte mail sur cette page. Je me ferai un plaisir de vous le(s) envoyer.
    Eric.

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      1. Merci pour celui là que je connaissais pas, et quel beau texte, bravo.
        Moi je craque pour « The electric ghosts » avec jack medicine, et pour « Rejected Unknow » que malheureusement je ne possède que dans un piteux mp3 mal encodé.

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      2. The Late Great Daniel Johnston » comporte deux CD. Le premier, des covers de Daniel Johnston. Eeels, Beck, Mercury Rev, etc… Second CD, les mêmes chansons interprétées par Daniel Johnston. Le répertoire s’étire sur plusieurs périodes mais ne reflète pas forcément son parcours. Je fais une compil (chronologique) et te l’envoie ce week par we transfer. Je ne possède pas tous ses albums, mais tu pourra te faire une idée globale (sa voix a énormément changé au fil des ans, et même s’il était entouré de musiciens de talent, son univers s’éloigne.) A bientôt et bonnes fêtes.
        Eric.

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