Un petit vent de nouveauté: Can – Live in Stuttgart (1975)

On vit une époque formidable et tout le monde s’en fout. Je parle bien sûr en ce qui concerne la musique (mais pas que en fait). Jamais on a eu autant accès aux archives les plus secrètes du rock. On publie à tour de bras des enregistrements inédits et, en gros, personne ne les écoute, alors qu’il y a 30 ou 40 ans, on se serait précipités dessus.

Can (Groupe)
Can : l'éternelle légende - Les Inrocks

Au vu du titre du disque, peut-être vous demandez-vous pourquoi présenter ce disque en tant que nouveauté et non pas en tant que live? Parce qu’il s’agit d’une double nouveauté. D’abord, parce qu’il n’a jamais été publié et ensuite parce que tous les morceaux sont des inédits. Et enfin, il y a un certain plaisir à vous proposer une actualité sur ce groupe encore assez mystérieux.

Can est certainement le plus grand groupe de tous les temps non anglo-saxon. Et les années ne font font que le confirmer. Donc ce disque, c’est un peu comme le Velvet Underground (l’un des seuls groupes à pouvoir concurrencer Can en matière d’influence souterraine) dans les années 80 où l’on nous sortait Another view ou VU et de découvrir que le groupe avait encore tout un répertoire inédit et fantastique Bref, c’est le moment de se rendre compte de la puissance de la musique produite par ce groupe, même si la parution en 2012 des Lost Tapes nous avait déjà montré que nous étions loin de tout connaître de ce groupe.

En 1975, Can aura déjà sorti une belle brochette de disques novateurs, révolutionnaires qu’il faudra des décennies pour digérer et aura déjà révisé deux ou trois fois sa musique de fond en comble.

Le premier souvenir de Can que j’ai, c’est la musique des premiers films de Wim Wenders. A cette époque, ce dernier aura été pour moi un passeur au niveau musique: Nick Cave, Canned Heat et donc Can. (les Kinks faisaient déjà partie de mon panthéon personnel). L’histoire de ce groupe reste encore largement à connaitre. Le fait qu’ils soient allemands rend certainement la littérature à leur sujet plus rare. Et puis, ils formaient une de ces communautés qui s’étaient construits sur les idéaux hippies, avec des idéaux de nouvelle société, qui le plaçait dans un état d’ébullition permanent.

Mais ce premier contact avec leur musique ne m’a pas forcément fasciné. J’ai le souvenir d’un truc planant qui ressemblait plus à Pink Floyd ou à de la New Age qu’à cette chose étrange qui aurait influencé le punk et le post-punk et tous les groupes qui m’enthousiasmaient alors. Ensuite, il y a eu la première compilation Cannibalism I et là j’ai compris pourquoi ce groupe était si important. Ce que j’ai entendu était d’une modernité absolue. La musique aurait pu sortir hier ou demain, elle aurait sonné pareille.

Can était toujours dans l’expérimentation et détestait se répéter. Bien sûr, il y a une forme d’exigence à avoir pour accepter cette musique qui est parfois assez difficile. En même temps, il y a des morceaux absolument magiques qu’on croit connaître depuis toujours, tellement il nous place face à une évidence.

Ses concerts était de ce fait des témoignages uniques. On dit qu’ils y expérimentaient en direct et se livrait à des longues improvisations. Ce témoignage peut l’attester. On peut y accoler l’étiquette kraurock ou progressif, cela ne change rien. C’est une musique vivante,

Ce live serait le premier témoignage d’une série à venir. Alors que le groupe s’était toujours opposé de son vivant à sortir ses enregistrements en concert, c’est grâce à la pugnacité d’un fan qu’on se retrouve à pouvoir écouter le groupe sur scène. Damo Suzuki, le chanteur japonais emblématique des premiers albums a quitté le groupe et Can nous propose donc une musique sans la moindre vocalises et exclusivement musicale.

Rien pour le plaisir de vous parler de nos chouchous de The Fall

Pour autant, l’effet transe qu’elle propose, notamment grâce aux fabuleux jeu de batterie de Jacki Liebzeit fonctionne très bien et, bien qu’on devine des musiciens accomplis et techniquement très pointus, elle reste accessible et il est très facile de laisser emporter par l’expérience qu’elle propose (sans forcément avoir recours à des substances plus ou moins illégales). Dès lors, peu importe la durée des morceaux, on se laisse emporter avec une certaine fascination devant l’alchimie qui se dégage entre les musiciens.

Et enfin, ce disque possède une dernière vertu: celle de vous apprendre à compter jusqu’à 5 en allemand, puisque le titre de chacun de ses morceaux se limitent à les numéroter dans l’ordre de passage.

Can: Live in Stuttgard (1975)

1- Eins
2- Zwei
3- Drei
4- Vier
5- Fünf

La musique en boite se trouve par là…

11 réflexions sur « Un petit vent de nouveauté: Can – Live in Stuttgart (1975) »

  1. Can, en direct à l’époque était chez le disquaire un achat peu fléché mêm dans l’est de la France, achat à haut risque , il fallait attendre un bail pour une critique dans les revues de l’époque, mais achat très valorisant, car tous les potes demandaient à l’écouter !!! mais parfois juste une fois, car il faut bien le dire ils étaient d’un autre monde, beaucoup plus futuriste que les space rockers déjantés de Tangerine dream et Ash ra temple ou les punk symphoniques Wallenstein, Nektar et Eloy, les inclassables Popol vuh, les emblématiques Amon duul , les rockers de Birth control, le délire de Véronica Fischer qui annonce Nina Hagen, les méconnus folkeux de Bronx , le rock de Lava, Krokodil, Jane, Kin Ping Meh (Oh leur reprise de Come together !) , le presque New wawe de Paternoster… Le krautrock était un genre à part entière, mais totalement hétéroclite ; Il y avait du déchet, que de vinyles avec un ou deux seul morceau écoutables, mais quelles pépites qui n’ont pas pris une ride avec le temps.
    Faites écouter à un novice Vitamin C de Can, et demandez l’année de création … regardez leur tête en disant que l’année prochaine cela ferra cinquante ans … Tago Mago l’année précédente … sidérant, les cousins de Wyatt et Soft machine, une inventivité délirante et comme tu le dis si bien cette batterie dont les samples peuvent à eux seuls générer toutes les boîtes à rythme du monde.
    C’était pour nous, à la recherche des classiques du rock, amateurs de la « bataille » Lou Reed – Bowie, plus que la passée antinomie Beatles – Stones, un univers d’étonnement et de valorisation des découvertes.
    Sans doute ceux qui se sont initiés à l’orée du punk à la musique ont pu percevoir le même sentiment d’un fol univers de liberté et d’inventions sans limites à explorer.

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    1. Je suis d’accord avec cette excellente analyse concernant la musique allemande de l’époque et la façon dont nous l’avons appréhendée.
      Le Krautrock était un univers tellement hétéroclite et fabuleux qu’il demeure encore aujourd’hui une source de découverte incroyable.
      Mes favoris étaient Amon Düül 2 et Ash Ra Temple car leur son se rapprochait un peu plus du rock psychédélique avec une dimension si particulière.
      Can c’était carrément la grosse gifle, une musique totalement affranchie des bases du rock de l’époque qui ridiculisait toutes les tentatives de rock dit progressif pour se placer à des années lumières si bien qu’aujourd’hui encore en écoutant leur musique j’ai l’impression que Can à toujours cinquante année d’avance. C’est aussi le seul moment de l’histoire ou émergea une musique totalement européenne totalement hors d’influence des canons anglo-saxons.
      Le plus grand groupe de Rock du monde ? c’est peut être eux, mais est ce que l’on parle encore de rock avec la musique de Can ?
      Encore Merci pour ces moments exceptionnels de transe Caniennes en live.

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  2. Beaucoup trop jeune à l’époque, j’ai découvert Can, il y a seulement quelques années. Les groupes allemands de cette époque désignés sous un vocable qui m’écorche les oreilles (impossible de l’écrire, j’ai arrêté depuis longtemps la choucroute) sont tous simplement géniaux.  »Absolue modernité »,  »Novateurs », Yeeeeees, me too.
    Ne vous inquiétez pas Audrey et Francis, du silence des vieux. Zocalo a une indigestion de bonbons haribo, Keith ramasse des violettes en vue d’un rencart, Individu cherche une nouvelle blague carambar, et Devantf a autre chose à faire.
    Eric.

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    1. Zocalo est dans la place ! Mais je n’ai pas pris le temps d’écouter cet album. Et pour les bonbons Haribo, tu as raison à 100%. Affaire à suivre… chez Keith.

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  3. Je suis en train d’écouter « votre » disque de Can et vous en remercie.

    Adolescent ou jeune adulte, puceau de beaucoup de choses, j’aurais pu trouver ça assez barré ; aujourd’hui après des années d’expériences diverses, je ne suis pas étonné (sans pour autant être blasé).

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      1. Je te laisse imaginer ^-^
        En fait, il y a certains morceaux de Can qui ne sont pas forcément facile à écouter notamment sur Tago Mago. Et en même temps, on peut dire qu’en 1975, l’âge d’or de Can est déjà derrière eux, et donc que c’est mieux.

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  4. j’adore Can, que j’ai aussi découvert il y a très longtemps avec la compil Cannibalism I. En ce qui me concerne, plus c’est vieux plus j’aime (albums favoris Monster Movie et Delay 68 donc), appréciant essenciellement les albums avant Future Days. Tout ca pour dire que je me suis rué sur ce live pour les raisons que tu expliques fort bien, mais que je n’ai pas vraiment accroché (une seule écoute pour le moment). Leurs improvisations sont techniquement géniales, mais finalement tout ca se ressemble beaucoup, et manque de direction, j’ai été largué assez vite. Et puis décidément je ne suis pas fan de la guitare de Mickael Karoli…

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    1. Je pense que beaucoup (dont nous) partagent tes affinités sur la carrière de CAN et leurs débuts.
      Concernant ce live, je l’écoute plus en fond sonore que concentré à 100% sur la musique. Pour rien te cacher, je craignais d’avoir envie de zapper, surtout au regard de la longueur des morceaux, mais j’apprécie que leur structure reste sur une trajectoire claire et que ça ne parte pas dans tous les sens, comme ça peut arriver dans le rock progressif. En fait, c’est le jeu du batteur qui fait beaucoup à mon adhésion.
      Francis

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