Un petit vent de nouveauté (4): Sufjan Stevens – Convocations (2021)

Stufjan Stevens fait partie des artistes les plus surprenants qui soient, car on ne sait jamais à quoi s’attendre de lui. Il a l’art de se lancer dans des défis ou concepts plus ou moins réalisables mais qui sont surtout le prétexte pour stimuler sa créativité (écrire un disque pour chaque état d’Amérique, un morceau chanté de plus d’une demi-heure, composition d’une symphonie etc.) .

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Si on chronique ce disque, c’est qu’il y de fortes chances qu’il figure en bonne place dans notre palmarès de l’année, peut-être pas pour le contenu mais pour le geste. En effet, Stufjan Stevens a composé plusieurs des disques qui comptent de ces 20 dernières années. Des disques souvent exigeants et parfois aux charmes instantanées. En lui cohabitent plusieurs compositeurs, celui qu’on préfère, créateurs de mini symphonies pop, aux instrumentations boisés et orchestrés foisonnantes. L’autre, plus expérimental, place l’auditeur dans une position moins confortable, en plongeant dans un électro moins spontanément mélodique. Parfois, les deux cohabitent de manière harmonieuse.

Bref, autant vous dire que cette chronique ne sera pas très rock’n roll mais plus dans le registre intimiste.

Pour cette fois-ci, Stufjan Stevens nous a carrément concocté une œuvre en quatre disques de 10 morceaux chacun! Et tous sont instrumentaux! Autant vous dire qu’il ne va pas en vendre beaucoup. Ce disque pourrait d’ailleurs être une première pièce à l’une de nos « théories du rock » que l’on consacrerait à la musique instrumentale dans le rock. En fait, il nous interroge sur le sens d’un tel geste. Certains y verront une sorte de trip new age. D’autres bailleront tout le long parce qu’ils se demanderont où sont passées les guitares. Pour notre part, on s’interroge sur le sens de l’absence de la voix, quand on est un chanteur/compositeur comme lui. Pourquoi se taire quand on pourrait chanter? Et cette musique pourrait-elle l’être ou n’a-t-elle de sens que parce qu’elle est instrumentale à l’intérieur de cette sorte de concept?

Difficile de répondre. Si l’instrumentation ne varie que peu (il s’agit principalement d’électro ambient sans rythme), il se dégage de chaque disque une personnalité subtilement différente. Alors, bien sûr, cela s’écoute certainement plus en fond sonore au début, histoire de se laisser envelopper par la musique… mais Stufjan Stevens réussit à donner un sens, une sorte de spiritualité à l’ensemble. Dès lors, on peut dire que ce travail sur la longueur touche l’âme, comme pouvait le faire, il y a des siècles, la musique religieuse pour les croyants. On ignore si c’était ce qu’il avait derrière la tête, mais on peut dire qu’il a composé une sorte version moderne de la musique de Bach (même si on pense plus à Brian Eno). Bien entendu, on formule ça en ignare que nous sommes. Mais si Bach avait vécu à l’ère des synthétiseurs et des ordinateurs, quelle musique aurait-il écrit? Sans doute aurait-elle été plus proche de celle-ci que nous l’imaginons. En tout cas, nous posons la question.

A vrai dire, cette question nous nous l’étions posés avant même de lire l’origine du projet, celui d’écrire une musique de deuil, suite au décès de son père biologique, tout comme nous ignorions son authentique ferveur religieuse. Cela prouve que les émotions dégagées par cette musique offre une véritable expérience qui nous place seuls face à nous-mêmes. Elle interroge et suggère des réponses que nous trouvons également en nous-mêmes. Il ne va pas sans dire que la pandémie que vient de traverser l’humanité renforce son impact.

Stufjan Stevens quand il chante avec des orchestrations

Alors, le mieux est de vous faire votre propre opinion dessus en jetant une oreille ouverte sur ce disque très à part. Bien entendu, si vous ne connaissez pas cet artiste, ne vous forgez pas votre opinion sur ce que vous allez entendre, car il possède un univers des plus intrigants et riches qui soit (cf la chanson plus haut). Disons qu’il fait partie de ces petits empêcheurs de tourner en rond qui n’en font qu’à leur tête quitte à nous obliger à chaque fois de nous interroger sur ce qui fait le lien entre ses disques, et de nous demander si nous allons spontanément les aimer ou ne céder à son charme qu’après de multiples écoutes…

Stujan Stevens: Convocations (2021)

Sufjan Stevens - Convocations.png

1- Méditations (Partie 1 à 10)

2- Lamentations (partie 1à 10)

3- Révélations (Partie 1 à 10)

4- Celebrations (Partie 1 à 10)

5- Incantations (Partie à 10)

Pour recevoir votre convocation, c’est ici.

Et si, vous aussi, vous avez envie de nous parler d’une nouveauté, contactez-nous ici.

Audrey

6 réflexions sur « Un petit vent de nouveauté (4): Sufjan Stevens – Convocations (2021) »

  1. Un petit moment déjà que je suis cet artiste que tu présentes vraiment bien.
    Un artiste qui, à chaque album, m’interpelle tant le renouvellement chez lui ne semble pouvoir s’installer, toujours en quête d’ailleurs, d’autre chose, d’avancer…
    Dès sa découverte il s’est directement inscrit dans un coin de ma tête avec « à suivre, absolument… »
    Cet album est magnifique, directement adopté 🙂

    merci de le mettre ainsi en avant

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  2. Préambule : il y a bien longtemps que je n’écoute plus ce genre, ces compositions qui demandent de l’abandon, surtout pas d’écoute. Eno a beaucoup théorisé là-dessus.
    Sufjan Stevens. J’ai lu les circonstances de composition de ces albums. Je suis d’accord que connaître le contexte apporte à une œuvre. Je crains davantage quand ce contexte devient une nécessité pour s’y pencher.
    J’ai eu le malheur d’écouter et je me suis ennuyé, le matin j’ai les oreilles suffisamment fraiches pour les nouveautés. Mais j’ai perdu mon temps, c’est de ma faute, ce n’est pas fait pour une écoute attentionnée même si bien intentionnée : UNCUT et votre papier parlent d’une œuvre majeure, je voulais savoir.
    « C’est qu’il y de fortes chances qu’il figure en bonne place dans notre palmarès de l’année, peut-être pas pour le contenu mais pour le geste » J’aurai du davantage me méfier 😉
    J’ai bien lu les impressions obtenues par votre audition, je n’ai pas eu cette chance. Je sais faire appel à des moments douloureux pour demander à des musiques soit d’apaiser soit au contraire d’assurer le transfert. Mais ici pas le moindre sentiment.
    J’ai probablement mal écouté. Je sais sincères les/vos critiques élogieuses. Et je sais qu’il y a peu de chances que j’y retourne volontairement. Reste plus que le hasard.

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    1. Ouais, on a peut-être exageré. Je me rend compte que je suis en train de ne plus l’écouter, parc que c’est un investissement trop long en termes de temps pour le plaisir qu’il procure, donc au final, je crois que je te rejoins. Le truc, c’est bien qu’il est tellement irraisonnable qu’il échappe à la critique. Et qu’il faut certainement beaucoup de temps et de recul pour le juger objectivement.
      Disons que si tu ne connais pas Stufjan Stevens, faut vraiment que tu t’y attardes, parce qu’il a écrit des disques magnifiques qui n’ont rien à voir avec celui là. Michigan, Illinois et Carrie & Lowell. 3 disques de ce niveau, y a pas grand monde qui en a écrit ces dernières décennies… Et le reste est pas mal, mais j’aime moins quand il mets de l’electro.

      Francis

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      1. « SUFJAN STEVENS » je connais et j’aime beaucoup, en fait quand je dis je connais, ce sont surtout ces débuts et sa fausse tentative de disque par état, qu’il a expliqué être une blague, mois je pense qu’il a transformé ça en blague car trop contraignant et finalement un peu absurde. « Illinois » est un grand disque.
        Je retrouvais la douceur pop folk et quelques luxuriances tel le regretté Elliott Smith

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