La plus belle chanson du monde (4): Joy Division- Love will tear us apart

Vous avez certainement vous aussi « votre » plus belle chanson du monde (et peu importe si, en fait, vous en avez plusieurs, mais l’important, c’est qu’elle le soit au moment où vous l’écoutez (et pourquoi vous nous en parlerez)). Cette rubrique est là pour les partager.

Décidément, c’est la plus belle chanson du monde (et certifiée comme telle par le NME en 2002 (du moins meilleur single de tous les temps)). Ce n’est pas moi qui le contredirait. Pourquoi? Parce qu’il arrive parfois dans notre vie que ce titre soit à l’unisson de ce qu’on ressent et nous parle comme jamais. Et elle prend alors toute sa force.

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Joy Division a écrit guère plus de quoi remplir deux K7, mais quasiment tout est touché par la grâce. Une grâce parfois violente, sombre et glaciale, mais une musique toujours terriblement humaine. Et les années passent et on sait que cette musique nous attend, avec son pouvoir et sa puissance intacts et qu’il ne dépend que de nous pour y replonger et revivre ce qui nous a tant touchés à l’adolescence mais qui continue de brûler en nous, adultes, parfois encore plus fort. Et au milieu de tout ça, il y a cette chanson, d’un romantisme désespéré.

Love will tear us apart tient une place assez à part dans la discographie de Joy Division, notamment du fait de l’utilisation de la guitare acoustique, et de la phrase omniprésente du synthé , en soi finalement un peu simpliste, mais qui porte en elle pourtant toute sa force magnétique. Pour la petite histoire, Joy Division en avait enregistré deux versions, très proches, mais comme ils étaient incapables de trancher sur laquelle était la meilleure, ils ont mis les deux sur le single et ont laissé le choix aux auditeurs (même si les radios finirent par en adopter une plus particulièrement).

L’amour nous séparera… Une phrase terrible, définitive, qui parait belle mais un peu irréelle, jusqu’au jour où elle décrit parfaitement l’instant présent. On se dit que, pour l’écrire, chaque année a dû compter double dans la vie de Ian Curtis. Le plus terrible, bien sûr, est qu’elle soit sortie juste après son suicide, donnant une portée sinistre qu’elle n’était pas censée contenir.

Mais l’ambiguïté n’est pas forcément dans cette phrase, mais dans l’adjonction au titre de la chanson du mot « again » au moment du refrain. Est-ce parce que, plus on s’aime, plus ou s’éloigne de l’autre, ou parce que l’amour est un éternel recommencement voué à l’échec? Tout est là, dans ce temps d’arrêt qui suspend le « again« .

J’y vois aussi un rien d’espoir. Si rupture il y doit avoir, le « à nouveau » peut vouloir dire aussi qu’il y a en effet espoir d’être aimé encore (même si c’est pour se cogner à nouveau dans le mur). Après tout, peut-être est-ce ainsi qu’avancent certains êtres humains dans la vie? Avec le courage de continuer d’avancer et/ou l’absence de la peur des maux qui les attendent là où ils vont… sauf que Ian Curtis, lui, aura préféré baisser les bras sordidement avec une pauvre corde à linge.. Rien de romantique ici, une mort presque sinistre qui n’aurait pas dû faire rêver, si ce n’est qu’il y avait toute cette musique et ces textes qui en ont fait un martyr. Et puis, il y a cet air, ce Love will tear us apart, qui nous hante et semble nous dire ce que personne n’avait voulu comprendre…

Il est assez regrettable que le grand public ne connaisse de ce groupe que cette chanson. D’ailleurs, elle ne cesse d’être reprise, tantôt sur scène, y compris par des artistes de renom (Bowie, The Cure, Tom Yorke (Radiohead), Dave Gahan (Depeche Mode), tantôt par des artistes moins prestigieux en studio (mais qui font aussi bien que les premiers). La vérité est que la plupart d’entre elles n’apportent rien de particulier. Peut-être celle de Nouvelle Vague, avec sa nonchalance tintée de bossa nova, ou de Moonspell (groupe inconnu pour moi) avec sa carapace de métal (qui aurait normalement dû me rebuter) auraient mes faveurs au moment où j’écris? Mais pas sûr pour autant que cela ne dure…

Il faut dire que la simplicité dépouillée de l’original la rend pour moi insurpassable et surtout que le chant de Ian Curtis est absolument bouleversant de romantisme tendre et d’émotion contenue. Une voix grave et profonde qui surprend de l’entendre sortir d’un visage presque angélique, avec ses allures de gamin grandi trop vite et ses yeux qui semblent perdus quand ils s’ouvrent sur notre monde. C’est comme si l’équilibre de la chanson ne permettait aucune fioriture autour de sa structure. Comme si elle était parfaite telle qu’elle a été jouée dès le départ par Joy Division… Peut-être aussi, parce qu’elle inspire un respect infini pour son histoire et le texte qu’elle renferme… Malgré tout, je vous ai choisi la version des Swans, très fidèle, avec un chant d’une grande force. Eux aussi en avaient d’ailleurs fait deux versions, l’autre mettant en avant la voix féminine.

Et pour finir sur une note plus légère, une petite anecdote. Les fans de New Order auront certainement détecté le clin d’œil dans la chanson Way of Life sur l’album Brotherhood (1986), dont les dernières notes ne peuvent être une simple coïncidence et vous évoqueront plus qu’une réminiscence de ce titre (et il me semble que le jeu de batterie est quasiment le même). Au cas où vous ne la connaissez pas, je vous laisse juger avec cet extrait toutes guitares dehors:

La plus belle chanson du monde, définitivement (bien sûr, jusqu’à la prochaine) parce qu’ici, le profondément intime rejoint soudain l’universel. Et on dira que c’est toute la magie de l’Art lorsqu’il nous parle de manière aussi simple et lumineuse que sur ce titre. Même si cela peut être douloureux et cruel parfois…

Et n’oubliez pas, on compte sur vous! Une année de blog, c’est 40 disques et 40 chansons à chroniquer… Donc si, vous aussi, vous avez envie de partager votre plus belle chanson du monde (et vous avez le droit d’en avoir plusieurs, bien entendu),  contactez nous.

Audrey

12 réflexions sur « La plus belle chanson du monde (4): Joy Division- Love will tear us apart »

  1. C’est vrai qu’il y a un côté ours dans sa grotte, mais je trouve pas forcément la reprise drôle mais plutôt d’un beau dépouillement. J’ai vu que Albert Kuvezin avait fait d’autres reprises.
    Audrey

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  2. Vous fâchez pas, j’aime les ours. J’en suis moi même un, modèle réduit.
    Je me suis souvent demandé quelle direction aurait prise Joy Division si Ian Curtis avait poursuivi l’aventure.  »Love will tear us apart » est un sommet de la pop. Auraient-ils creusé le sillon, ou bien changé totalement de style?
    Superbe article Audrey.  »La plus Belle chanson du Monde » ne peut-être écrite qu’avec le cœur.

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    1. Moi aussi je me pose la question mais je pense que la direction de New Order reste fort probable, peut-être pas la période ecstasy, mais on moins jusqu’à Brotherhood. Decade sur Closer commence à ressembler à du New Order et il était lui-même fan de Kraftwek. A dire vrai, je pense que le groupe aurait fini par splitter, comme les autres, surtout si Ian Curtis n’aurait pas apprécié l’electro disco de NO… Dans le livre de Peter Hook, on apprend que Joy Division aimait beaucoup faire des blagues, pas toujours fines, d’ailleurs. Ian Curtis comme les autres.
      Francis

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