Hommage à… Marc Seberg

« Hommage à » est une rubrique ouverte à tous pour que chacun puisse parler librement d’un artiste ou groupe (vivant ou mort). L’idée est de le faire (re)découvrir et de proposer à la fin une compilation maison. Donc si, vous aussi, vous voulez participer parce qu’on a oublié quelqu’un, n’hésitez pas à nous faire signe.

Ce billet fait écho à celui de Jimmy qu’il a fait sur la sortie du disque de Marquis.

On ne peut pas dire que le groupe Marc Seberg suscite beaucoup de ferveur de nos jours. On préfère logiquement Marquis de Sade, plus rock, plus tranchant, et donc plus pertinent en termes de crédibilité. Il faut dire que le son des disques a moins bien vieilli, on y entend clairement certains travers des 80’s. Et puis, beaucoup lui auront fait reproche d’avoir trahi la cause en se détournant du noir pour faire entrer la lumière. Or, Lumières et Trahisons (1987) est justement le nom de leur 3eme album…

Pourtant, à la base, Marc Seberg, rien que le nom fait rêver. Un nom de personne pour un nom de groupe, avouez que c’est étrange. D’un côté, Seberg, référence à l’actrice Jean SEBERG, avec son image de garçonne sexy, ses références au cinéma de la nouvelle vague. De l’autre, ce prénom d’homme qui crée une rupture et qui reprend les premières lettres de Marquis de Sade, le précédent groupe de Philippe Pascale (tout comme MS forme les initiales pour les deux groupes) et qui fait aussi écho à la phrase «Tu sais, Marc, nul endroit où se fuir dans la nuit » qu’on entend dans Cancer and Drugs de Marquis de Sade. Et puis, ce premier album, avec l’image du groupe mixte, qui souligne qu’il s’agit non pas d’un artiste mais d’un groupe.

Donc Marquis de Sade et Marc Seberg sont liés. On ne cachera pas que le premier album de ce dernier renforce encore plus cette impression. En fait, on pourrait dire qu’il s’agit du 3eme du groupe rennais légendaire. Pourtant, je dirais plutôt qu’il s’agirait plutôt de l’album qu’il aurait dû sortir dans la continuité de Dantzig Twist, soit avant qu’il n’intègre les cuivres et d’autres climats. Donc un album très sombre. Avec beaucoup de chansons excellentes, voire quelques unes grandioses. Question texte, Philippe Pascal hésite encore entre le français et l’anglais, mais très vite, il adoptera la langue de Molière et pour revendiquer une identité résolument européenne (le chanson E Rope), plus que simplement anglo-saxonne.

Sous patronage de Baudelaire

C’est d’ailleurs tout le charme un peu ambigu et casse gueule de ce groupe. Chanter en français, mais dans un style littéraire, référencé, loin des tentatives branchouillardes pour sonner rocker et anglais. Au contraire, les textes soulignent une sensibilité que certains hommes aiment cachés. Un romantisme, parfois très noirs qui frôle le cliché. De la poésie qui se rêve parfois plus grande qu’elle n’est. Et, en même temps, ils forment une expérience assez unique, du moins à l’époque, d’un rock qui intègre les claviers et chercherait à plaire, mais sans forcément perdre son âme.

Aussi, replonger dans l’univers de Marc Seberg , c’est un peu retrouvé son âme d’adolescent, un rien immature, entre doute et arrogance, mais aussi se surprendre en découvrant que, malgré les années, on avait malgré tout raison. Question discographie, on pourrait considérer que la qualité ne sera que déclinante , sentiment accru avec une production de plus en plus marquée par les affres du temps au fil des albums. Cependant, il y a beaucoup de bonnes chansons à sauver.

Côté lumère

Aussi, il convient de les (ré)écouter en leur laissant à nouveau leurs chances. derrière le verni 80’s bat un cœur d’écorché dont les rêves étaient trop grands et à qui les idoles n’auraient jamais fait signe…. jusqu’à ce qu’il se résigne.

Une interview assez révélatrice de ce personnage

Philippe Pascal s’est suicidé le 12 septembre 2019 et, à cette occasion, quasiment personne ne se sera attardé sur son groupe Marc Seberg mais loueront à la place Marquis de Sade, alors qu’il se sera beacoup plus livré dans le premier. Cette compilation maison sans prétention (disons plutôt une sélection livrée en vrac) est là pour lui rendre hommage.

Vous la trouverez ici.

Donc si, vous aussi, vous avez envie de rendre hommage à un groupe ou un artiste, cette rubrique vous est ouverte et contactez-nous ici.

Audrey

14 réflexions sur « Hommage à… Marc Seberg »

  1. Je vais encore me faire des amis, mais je trouve qu’il existe en France une grande ambigüité entre rock et chanson française. A chaque décès d’un grand nom de la chanson (Gainsbourg, Bashung, Halliday, etc), on pleure dans les médias la disparition d’une icône du rock national. Or, je ne suis pas du tout convaincu que ces chanteurs auraient revendiqué une quelconque appartenance à ce style, sauf peut-être Johnny Halliday dans ses premières années. C’est un peu comme si la France se cherchait à tout prix une légitimité dans le domaine du rock. Comme si la France avait « mal à son rock ».

    Cette ambigüité, je la retrouve entre Marquis de Sade et Marc Seberg. Si le premier groupe se place clairement dans une filiation rock des années 80, ce que j’entends de marc Seberg relève vraiment de la variété française. Et ce n’est pas honteux, bien au contraire. C’est même de la chanson de grande qualité, et vous savez bien que dans ce domaine, je suis très sévère.

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    1. Je pense que Marc Seberg a délibérément cherché une place entre crédibilité rock et tradition française « moderne ». A l’époque, on peut dire qu’il n’y avait pas grand monde à chercher à prendre cette place (à part Bashung). On pourra dire un peu le cul entre deux chaises, ce qui a fait qu’ils se sont un peu plantés. Reste pour ma part quelques chansons qui méritent une place plus grande qu’ils n’ont, avec une élégance qu’on ne trouve pas forcément dans la variété. Disons une New Wave à la française avec les références de Philippe Pascal qui étaient plus élitistes que sa musique.

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    2. En vérité, au début de Marquis de Sade, le groupe voulait imposer une image « européenne » en s’éloignant le plus possible des standards anglo-saxons (à commencer par le blues), mais ils étaient tout de même de grands fans du Velvet Underground ou de Television… Le mot rock ne veut plus dire grand chose depuis très longtemps. Tout ce qui possède une batterie, une guitare et une basse est rock. Je ne suis pas certain que Chuck Berry eut trouvé que Cure était rock! Pour autant, si tu écoutes un titre comme « Strikes » (un de mes préférés), tu pourras constater que nous sommes très loin de la variété française!

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      1. Et voilà. Jimmy arrive dans une conversation, et il remet tout en perspective. Ta connaissance du milieu rock français, ta vision d’ensemble de cette musique depuis les origines, cette distance que tu sais mettre jusque dans tes coups de coeur, tout ceci force le respect. Merci de ce que tu nous apporte, Jimmy. Merci d’être toi.

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      2. Tu vas me faire rougir, Zocalo! Il faudrait également évoquer notre langue, parfaite pour le bavardage ou l’écrit, mais si difficile quand il s’agit de lui faire embrasser une musique binaire. L’anglais repose beaucoup sur des mots à deux pieds, alors que notre langue est moins rapide et, surtout, si lourde à charrier à cause de ses « e » muets qu’il est si compliqué de faire résonner…

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    3. La France a toujours connu un problème avec le rock. Elle a débuté avec des jazzmen qui en faisaient une caricature rigolote (voir Vian et Salvador). Ensuite, elle avait près d’une dizaine d’années de retard. Alors que le British Boom explosait, les Français en étaient encore (pour la plupart) à singer les pionniers. A une époque où tout allait très vite, cela nous a beaucoup nuit. Ce n’est que 20 ans plus tard, au moment du punk et de la new wave, que nous avons véritablement fait notre retard.

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  2. Merci pour cet hommage. Philippe Pascal n’était pas le seul à avoir débuté avec Marquis de Sade, c’était également le cas d’Anzia, qui joue de la guitare sur « Dantzig twist ». J’ai adoré les deux groupes (j’ai vu Marc Seberg un grand nombre de fois sur scène). Le problème, à mon sens, c’est que chaque nouvel album était un peu moins réussi que le précédent – il faut dire qu’ils peinaient à vivre de leur musique et cherchaient à élargir leur audience. Si on a beaucoup plus parlé de Marquis de Sade que de Marc Seberg après le décès de Philippe, c’est peut-être parce que le groupe s’était reformé et qu’il préparait un nouvel album.

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    1. Mon grain de sel. Le premier album de Marc Seberg est bien loin de la chanson/variété française. Il est complètement ancré dans ce que le rock était à cette période, ni Chuck Berry ni Nirvana, mais un très beau disque de post-punk avec des titres sombres mais flamboyants (Strikes, Sans mémoire et leur magnifique version de Surabaya Johnny). A mon sens deux chansons sont très dispensables (Personalities et Sylvie) mais le reste est d’une très belle facture qui ne souffre pas d’une production trop datée. Je viens de le réécouter (merci au passage de m’en avoir donner l’idée) et ça s’écoute très bien aujourd’hui. Dans la version CD leur reprise de Venus in furs n’est pas bouleversante mais a quand même sa personnalité. Globalement l’ambiance est aussi sombre que dans les disques du Marquis. La lumière est peut-être venue après…
      La suite a été plus laborieuse à mon sens. Le deuxième album m’avait déçu, je n’en avais retenu qu’un ou deux titres. Et je n’ai jamais écouté les deux suivants..

      @Jimmy : c’est amusant que tu cites Cure parce que je trouve que la basse sur « 83 », notamment sur des titres comme The Shriek, sonne très Cure de la période Pornography, avec un effet flanger je crois, pas mal utilisé à l’époque.

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      1. Je suis d’accord avec toi en ce qui concerne le premier album (sauf peut-être pour « Personalities » que je préfère nettement à « Sylvie » (même si la chanson contient quelques phrases intéressantes) qui, comme « L’Eclaircie » plus tard, était un moyen de toucher un plus large public). Le souci est toujours le même en France, c’est l’utilisation de notre langue (voir message précédent) qui fait vaciller l’auditeur entre rock et variété. Je peux comprendre ton point de vue à propos du deuxième album et dis-toi que ça s’est encore agrafé ensuite (la faute, sans doute, à un manque de public, le groupe cherchant de plus en plus à s’ouvrir (résultat: les fans de la première heure ont eu du mal à s’y retrouver et le « grand public » n’a jamais adhéré non plus). En ce qui concerne la basse, tous les instrumentistes de l’époque (le mien y compris) adorait en effet le flanger. A ce moment là, les bassistes de Cure et des Stranglers étaient des modèles.

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      2. Merci pour tes commentaire Jimmy.
        Concernant la langue française, j’ai un ami musicologue qui m’expliquait que les racine du chant français étaient basées sur les consonnes, donc avec un côté rythmique. Or l’anglais est beaucoup plus fluide et fait sonner les voyelle.
        En ce sens, le Bashung de Malaxe reprend précisément l’enjeu ici. Refaire sonner les consonnes. C’est là où Nicolas Ungemuth avait tout faux en se moquant de l’évolution de son chant en écrivant Maaaalaaaxe. Il aurait fallu qu’il écrive MaaaLaaaXe, car ce sont bien les consonnes qui sont mises en avant.
        Donc, oui, le français est un problème pour le faire chanter. Encore plus dans les 80’s. (nest pas Indochine qui veut lol)

        Francis

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      3. Merci pour ton commentaire.
        Tu as raison concernant le premier. Mais je pense que le plus aventureux était bien d’essayer d’allier l’ambition artistique du groupe et de réussir à toucher un public pas strictement rock ou fan de Marquis de Sade. D’ailleurs, globalement tous les groupes des 80’s aurait cette orientation. Ils deviendront tous plus ou moins mainstream, avec pour certains un retour en arrière (comme Cure ou Psychedlic Furs).

        Je trouve que le 2nd Marc Sebrg a le mérite de proposer autre chose sans perdre son âme. Après, les suivants, c’est un peu plus délicat parce que le son va très mal vieillir. Le 3eme possède quelques belles mélodies

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  3. @Jimmy, c’est vrai qu’en ce temps-là les bassistes aimaient bien le flanger. Moi j’avais pas les moyens de m’acheter un pédale et de toute façon elle n’aurait pas suffi à cacher la misère.

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