A redécouvrir (11)- Peter Case: HWY 62 (2015)

Je vais vous livrer un secret. Un de ces secrets qu’on ne dévoile que sur le ton de la confidence pour forcer l’autre à tendre l’oreille, mais dont on sait à l’avance qu’il pourra aider celui qui l’écoute. En effet, on ne peut pas dire que Peter Case soit très connu en France. Et j’ignore s’il l’est dans son pays natal. De toute façon, on peut dire que sa musique est certainement trop authentiquement américaine pour toucher l’âme des français. Pourtant, il entrerait pour ma part dans la précieuse catégories de ceux qu’on aimerait avoir pour amis.

Peter Case w. Cyril Jordan – Nijmegen 86 (CDr) - Discogs

Pour ma part, son nom reste associé aux premiers Inrockuptibles (quand ils étaient encore bimensuels). A l’époque, la chronique de ce qui devait être son premier disque solo m’avait suffisamment marquée pour avoir envie de l’écouter pendant des années. C’était un temps ou un âge où le pouvoir des mots était plus fort que les notes diffusées sur les radios. Sur la foi d’un chroniqueur, j’étais prête à dépenser mon petit pécule mensuel pour un disque. Malheureusement, je ne l’ai jamais trouvé dans les rayons. Alors, il m’est juste resté en mémoire ce nom qui était pour moi comme un sésame magique pour découvrir quelque chose d’authentique. Et puis, avouer, qu’il a une sacrée bonne tête.

Alors, pour découvrir la musique de Peter Case en solo, il m’aura fallu attendre des décennies. A dire vrai, je le dois à Jimmy qui, je ne sais pas pourquoi, aura eu envie un jour de chroniquer l’un de ses disques. Et le plus étrange, c’est que la musique que j’ai entendue était exactement celle que j’avais eue en tête depuis toutes ces années. Elle possédait une forme d’évidence et une pureté merveilleuse. En soi, elle comblait précisément un vide dans ma discothèque, parce que j’ai toujours spontanément préféré ce qui venait d’Angleterre aux States. Pour autant, j’ai toujours su que la musique américaine possédait quelque chose d’infiniment plus authentique et de brut qui rend le plaisir de l’écouter plus durable et la rend quelque part plus indispensable.

Pas sur ce disque, mais c’est juste pour le plaisir de l’entendre reprendre son répertoire des plimsouls

En France, Springsteen fait figure de grand commandeur de la musique américaine, ce qu’il est certainement d’une certaine façon. Pourtant, les vastes espaces de ce continent offrent tellement de secrets à explorer musicalement qu’il faudrait certainement plusieurs vies pour en faire le tour. Depuis, on a inventé le terme bien pratique d’Americana pour y mettre tous les groupes qui travaillent dans cette voie traditionnelle avec la volonté d’en faire du neuf.

Ce n’est pas le cas de Peter Case. Lui se moque de faire du neuf. En un certains sens, il a quelque chose de l’éternel troubadour qui viendrait vous chanter ses chansons sans se soucier d’être entendu du plus grand nombre. Avec juste le plaisir d’être écouté par le petit cercle autour de lui. Pourtant, le nom de Peter Case aurait dû lui offrir une place plus importante de part sa contribution aux premières formations auxquelles il aura participé, soit normalement de quoi donner envie de le connaître davantage et lui donner une place plus importante. On se doute que l’intéressé n’en a que faire.

Peter Case écrit des chansons sans âge, sculptées dans la meilleure glaise. Une glaise qu’il doit tout simplement trouver quelque part au fond de son jardin. Et on ne peut qu’admirer leur pureté. En effet, elles sont issues de racines tellement américaines qu’elles en deviennent universelles. D’ailleurs, difficile d’imaginer qu’elles aient été produites. On dirait qu’elles sonnent comme elles auraient dû sonner depuis toujours dans leur délicieux anachronisme. Avec ce mélange d’émotions évidentes et éternelles qui, en quelques minutes, nous parlent à chacun et nous dévoilent plus de l’existence que des dizaines de pages de livres.

Et puis, à chaque note vibre cette âme étincelante de générosité qui donne envie de s’en faire un ami. Dit autrement, la musique de Peter Case a le pouvoir de combler le vide de nos existences avec ce qu’on nommerait la chaleur humaine, celle-là précisément qui seule aurait le pouvoir de réchauffer nos cœurs parfois si blasés. Alors, c’est avec un réel plaisir que je vous livre à mon tour ce secret.

Peter Case: HWY 62 (2015)

Peter Case - HWY 62
  1. PELICAN BAY
  2. WAITING ON A PLANE
  3. NEW MEXICO
  4. WATER FROM A STONE
  5. ALL DRESSED UP (FOR TRIAL)
  6. IF I GO CRAZY
  7. THE LONG GOOD TIME
  8. EVICTED
  9. LONG TIME GONE
  10. BLUEBELLS
  11. HWY 62

Le Case du siècle est par.

Audrey

10 réflexions sur « A redécouvrir (11)- Peter Case: HWY 62 (2015) »

  1. Je suis heureux d’avoir pu combler cette si longue attente! Peter Case comme Jeffrey Lee Pierce ou Alex Chilton sont effectivement trop peu connus au regard de leur talent. Sans doute, pour reprendre un mot de ton excellent texte (peut-être un de tes meilleurs), sans doute sont ils trop authentiques pour ce monde qui ne l’est guère…

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  2. Pas de redécouverte pour moi, mais une découverte tout court. L’une des meilleures de ces dernières semaines, pourtant riche en nouveautés de grande qualité (Lavilliers, Clapton, Sting, Portico Quartet, etc). Merci Audrey.

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  3. Des facilités, des morceaux un peu longuets, et une poignée de hits. Contrairement à un guignol qui pose en habit d’académicien, lui est un songwriter. Qui est encore capable à l’heure actuelle, de publier un album de cette qualité? Il y a ceux qui ont été (faut regarder loin dans le rétro au risque de choper un torticolis) et ceux qui demeurent pour notre plus grand bonheur. Merci Audrey.
    Eric.

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  4. Il est évident que Peter Case est l’un des auteurs-compositeurs-interprètes américains les plus doués (trois fois nominé aux Grammy).
    Sa carrière est variée, passant du rock n’ roll au blues, du folk rock aux performances acoustiques en solo.
    Depuis plus de 30 ans, les fans et les amis adorent Peter Case – à la fois l’homme et sa musique.
    Peter Case a plaisanté en disant que sa plus grande ambition de carrière était de devenir un bluesman itinérant, et bien que ce soit une phrase amusante, il y a clairement un grain de vérité dedans.
    Après la rupture des Plimsouls et dès l’aube de sa carrière solo, Case est devenu un voyageur avec une guitare acoustique, prêt à s’installer et à jouer partout où le public se rassemble.
    Parfois rejoint par des amis pour gonfler le son sur scène, cela ne le dérange pas de faire cavalier seul.
    Selon l’album que vous choisissez, Peter Case peut être soit un rockeur aguerri, soit un « folkeu » contemplatif ou bien un chanteur et auteur-compositeur avec le cœur dans le blues.
    Case est assez rusé pour avoir l’air pleinement engagé sans avoir l’air d’être un chanteur protestataire de plus.
    Dans ses chansons, Case donne à ses personnages une image imparfaite mais humaine, de plus il est un conteur vivant du 21ème siècle qui comprend les hauts et les bas de la nature humaine mais qui a du mal avec la cruauté inutile même s’il essaie de pardonner.
    (toute ses chansons sur l’amour et diverses personnes inhabituelles qu’il a rencontrées au cours de ses voyages sont solides).
    Après plus de trois décennies de carrière solo, il reste à mes yeux l’un de nos meilleurs et des plus convaincants chanteurs / auteurs-compositeurs.
    Pour preuve, cet enregistrement sublime Live chez mes voisins, au Pays du divin Armagnac, à Auch le 06 novembre 1998 (CD promo paru en 2020):
    https://www59.zippyshare.com/v/6UYfsAG8/file.html

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    1. Oui, c’est le cas Case qui me donne l’occase. Un de mes virtuoses préféré (comme pour mon regretté ami Patrick).
      Vous lire me fait chaud au cœur aussi, merci.

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