Les disques maudits (2)- Terry CALLIER : The New Folk Sound of Terry CALLIER (1965)- Deluxe Edition

L’histoire est rempli de disques maudits. Cette rubrique se propose de leur redonner leur juste place.

Voici un album qui me tient particulièrement à cœur

Des fois, il n’y a rien à dire. Juste à augmenter un peu le son (guère plus que ce qu’il faut pour couvrir ce qui vous entoure, c’est important) et à laisser les premières notes vous envoûter.

Épisode 17 : Terry Callier - Occasional Rain - T'as entendu ça ?

Et là, vous saurez tout de suite que vous n’avez jamais entendu un truc pareil. Sur la pochette, il est écrit The New Folk Sound. Un truc complètement crétin sauf que, 50 ans plus tard, c’est toujours vrai. Oui, 50 ans plus tard, c’est toujours une forme complètement nouvelle de folk et un son toujours aussi puissant.

Cette musique aurait pu sortir hier ou demain sans avoir besoin d’une quelconque remasterisation alors que je vous parle seulement d’un gars qui joue de la guitare acoustique avec deux contrebasses et guère plus. Sauf qu’en quelques secondes (si vous avez mis le son assez fort), vous entendrez à peine ces instruments, car cette musique aspire tout autour d’elle. C’est un trou noir, une faille temporelle qui vous emporte sur son tapis volant. Et encore, tout ça, ce n’est rien tant que vous n’aurez pas entendu cette voix sans âge, si envoûtante qu’elle vous caresse l’âme comme le ferait un sortilège.

La voix de Terry Calier est un mystère. Elle est sans âge et pleine de spiritualité. Elle vous pénètre l’âme pour la soigner. Et si elle n’est pas malade, elle vous apporte une sérénité qu’on n’a plus envie de quitter. Et regarde son visage. Il dégage la même chose.

Cet album est à part dans la discographie de Terry Callier. Il est un peu maudit. En effet, il l’enregistre courant 1965, puis rien. Le disque ne sort pas. Il faudra attendre 1968 pour le voir arriver dans les bacs. Autant vous dire, que ce beau folk dépouillé, aux racines si profondes qu’on y entend le sort du peuple noir dans les champs de coton, fait un peu tâche dans le contexte psychédélique.

Alors, il va quitter cette veine pour s’orienter vers une musique davantage tournée vers la soul, la plupart du temps magnifique (dont certains sont d’ailleurs des classiques du genre), mais sans rencontrer véritablement de succès. Alors, dans les années 80, il disparaitra complètement de la circulation pour devenir informaticien . Ce n’est que la ferveur des DJ d’Acid Jazz qui le feront revenir à la musique quasiment 20 ans plus tard. Il proposera alors une musique un peu lounge, entre jazz et soul, toujours avec cette voix magnifique.

Seulement, avec cet album, cela fait plus de vingt ans que je l’écoute et, à chaque fois, ce sublime voyage immobile recommence, avec ces mêmes sensations, intactes, avec la même certitude que, où que puisse cette musique m’emporter, j’irai avec elle, et aussi loin qu’elle le désire, je le ferai les yeux fermés. Sauf que pendant ces quelques secondes à peine, elle aura déjà dessiné en nous toute l’éternité.

Terry CALLIER : The New Folk Sound of Terry CALLIER (1965) Deluxe Edition

  1. 900 Miles
  2. Oh Dear, What Can The Matter Be
  3. Johnny Be Gay If You Can Be
  4. Cotton Eyed Joe
  5. It’s About Time
  6. Promenade In Green
  7. Spi, Spin, Spin
  8. I’m A Drifter
  9. Spin spin (bonus)
  10. Golden apples of the sun (bonus)
  11. Promenade in green (bonus)
  12. Be my woman (bonus)
  13. 900 miles (take 1 – bonus)
  14. Its about time (bonus)
  15. Oh dear what can the matter be (bonus)

Alors, pour voyager dans l’éternité avec Terry CALLIER, il faut passer par là.

Audrey

10 réflexions sur « Les disques maudits (2)- Terry CALLIER : The New Folk Sound of Terry CALLIER (1965)- Deluxe Edition »

  1. Souvent, il suffit qu’une musique soit étiquetée « Folk » pour que je prenne mes jambes à mon cou. J’imagine déjà des guitares aussi incertaines qu’acoustiques et un harmonica distillant une musique insipide. Mais là, comme souvent avec tes musiques, Audrey, c’est une toute autre affaire.

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      1. Tu as sans doute une vision caricaturale du folk. En tout cas, contente que le disque t’ait plus et que tu as découvert que le folk ne se limitait pas aux poncifs du genre. Disons que celui de Terry CALLIER a de la soul dans son cœur! ^-^

        Aimé par 1 personne

  2. Folk est une espèce d’étiquette fourre tout qu’on met dès qu’on a une gratte acoustique avec le chanteur/chanteuse qui va avec…
    J’ai très et trop souvent eu cette image reliée aussi à ces interminables soirées d’ados boutonneux avec leurs trois accords pas si magiques que ça détruisant scrupuleusement le needle de neil young parce que dadi a tenté de prouver dans une méthode simplissime (dont aujourd’hui les répercussions désastreuses peinent encore à s’estomper) que tout à chacun pouvait être un grand guitariste … d’un jour.
    de là l’image de la guitare et de cette musique associées (folk et le nom de ces guitares aux cordes métalliques sur lesquelles soit on murmure parce que hésitant, soit l’on braille parce que téméraire) ont été estampillées amateur, approximatif, faux, et plein de etc…
    MAIS
    il y a tellement de grands artistes dans ce « genre »…
    j’en cite juste une seule et je m’arrête là – Joni Mitchell… et un album là aussi du genre : Blue…
    Et Terry Callier entre dans cette catégorie d’artistes à ne pas louper (je l’ai bcp écouté, mais ne connaissais pas cet album qui me le fait découvrir sous un autre angle là où j’y ai plus vu du blues/folk, et ça confirme…) enfin bref, ne jamais se laisser berner par les étiquettes et celle du folk est bien collée et difficile à faire partir avec ses a priori pas forcément flatteurs…
    oui ce blog est excellent. continuez ainsi.
    THX

    Aimé par 1 personne

  3. Une découverte il y a bien déjà des années par un ami amoureux et creuseur de sillons dans pas mal de domaines musicaux. Pour Terry Callier il m’a juste vanté le timbre de voix, velours et soie. Le vocal c’est mon fil rouge pour parcourir tous les genres. Et ici ce genre de voix crooner pas dans la puissance mais dans la force émotive. J’ai de suite adopté avant de me pencher vers musique et mélodie. Conquis de suite. Ensuite, comme souvent, en cherchant des similaires, j’ai eu la surprise de découvrir dans mon coin un autre troubadour, léger.. John Martyn, et l’enchainement fut heureux, si tu tentes quelques secondes

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    1. Je ne connais que cet album de John Martyn. Je n’avais pas saisi le parallèle avec Callier. C est très juste. Avec un petit côté Tim Buckley.

      Le folk, c est aussi une façon de jouer la musique en oubliant de jouer trop fort de la batterie. Pour moi, c est moins rythmique.

      Merci à tous pour les compliments, ils nous font très plaisirs. Et merci aussi pour votre soutien et présence ici. On se rend compte qu’on ne pourrait pas continuer l’aventure sans ça. C’est vous qui donnez un sens à ce blog.
      Audrey

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