A redécouvrir : The Wedding Present – Seamonster (1991)

Il y a parfois des petits groupes qui font de grands albums. The Wedding Present en est un et ce n’est pas péjoratifs que de le dire. Je suppose que Davide Gedge, leur leader et chanteur, n’aura d’ailleurs jamais cherché à jouer dans la cours des grands, si ce n’est peut-être pendant l’année 1992 au cours de laquelle il aura décidé de faire renaître le format 45T en proposant chaque mois un inédit accompagné d’une reprise en Face B (qui seront regroupés par la suite dans les compilations Hit Parade n°1 et n°2).

A cette époque, le groupe aura réussi un sacré coup de pub où il était de bon ton de commenter la fameuse livraison du mois, sachant que l’écriture des titres progressait sensiblement à chaque fois.

Or, cette expérience aura occulté le fait que l’année d’avant, il aura sorti un grand disque, nommé Seamonster (qu’un de nos lecteurs avait d’ailleurs plébiscité). Nous sommes dans les 90’s, entre grunge et noisy pop (style depuis rebaptisé depuis Shoegazzing), le groupe nous proposait des morceaux tout en tension avec de belles envolées de bruit, alors que le disque en question n’en fit pas vraiment dans le monde. S’il est assez typique de l’époque sur certains points, il possède une force qui surpasse beaucoup de ses voisins et s’avère, sur bien des points, nettement plus long en bouche. Avec un mystère à la clé, comment ce petit groupe travaillant dans son petit carré étroit a su transcender ce même matériau un peu riquiqui le temps de ce disque ?

Avant de répondre à cette question, il faut préciser que The Wedding Present a certainement l’un des chanteurs dotés de la voix la plus limitée au monde. Ecoutez-la. Elle doit couvrir 0,5 octave et sa capacité a chanté fort est incontestablement encore plus réduite. Raide comme un balai. Assez inexpressive. Presque au bord de l’étouffement à chaque tentative de refrain. On va dire qu’elle fait incontestablement partie des moins sexy au monde… Or, on peut dire que cette limite fait complètement partie du groupe. Elle est une contrainte qu’il aura appris à compenser à travers l’utilisation des guitares.

En effet, The Wedding Present est avant tout un groupe à guitares. Pas forcément bruitistes ou flous façon My Bloody Valentine, mais profondément électriques. Elles grondent, elles « larsenent », elles tranchent. Et sur Seamonster, elles sonnent magnifiquement bien, produites par Steve Albini, notamment maître d’œuvre du son des Pixies et Nirvana. Le bruit y devient beauté. Bref, pour peu que vous aimiez les décibels, la distorsion, mais utilisés façon british vouant un culte non pas au blues mais au Velvet Underground (ils proposeront d’ailleurs dans leur album suivant, Watsusi, un titre troublant de similitudes, sonnant comme un inédit du groupe de Lou Reed), vous devriez trouver de quoi vous réjouir.

Il faut dire que plusieurs morceaux sont bâtis sur des structures ascensionnelles ou selon le principe de la frustration auditive (vous savez, quand vous avez envie d’entendre un passage mais que le groupe semble vouloir prendre un malin plaisir à le retarder, avant de vous combler au-delà de vos espérances), voire jouant le yoyo avec des hauts et des bas pour maximiser les contrastes.

Toutes ces raisons font que j’écoute toujours cet album avec un plaisir à chaque fois renouvelé, qui s’accompagne de l’envie de monter le son. Et à chaque fois, je me demande pourquoi on parle si peu de ce disque. Certainement, parce que The Wedding Present est un petit groupe dans l’histoire du rock, avec une absence totale de look (franchement, un frontman avec une tête de Monsieur tout le monde vêtu d’un pauvre T-Shirt, ça ne se met pas en poster dans une chambre d’ado). Et sans doute aussi, parce qu’ils seront restés fidèles à eux-mêmes dans leur petit monde.

Mais, le temps d’un disque (et de quelques autres), on peut dire qu’ils auront été grands. Un disque surtout qui gagne à être écouté très fort!

The Wedding Present – Seamonster (1991)

1- Dalliance
2- Dare
3- Suck
4- Blonde
5- Rotterdam
6- Lovenest
7- Corduroy
8- Carolyn
9- Heather
10- Octopussy

Pour trouver le cadeau (merci au blog Revolution Rock pour le lien)

Francis

11 réflexions sur « A redécouvrir : The Wedding Present – Seamonster (1991) »

    1. Sauf qu’on s’attarde plus sur les petits groupes des années 60/70 …. Par exemple, les Buzzcocks (qui sont une influence essentiel de Wedding Present) ne sont-ils pas eux aussi au final un petit groupe qui aura brillé le temps de 4 années? Peut-être devient-on un grand groupe à l’aune de l’influence qu’ on laisse derrière soi et au nombre de groupes qui en revendiquent l’influence? Auquel cas, désolé, mais The Cure en est un.
      En tout cas, merci d’avoir écouté…

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      1. Je crois que tu as raison. Et c’est un peu la réflexion qu’on se faisait. Mais bon, on ne va pas que parler de jazz. avec le nom de notre blog.. ^-^

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    1. C’est assez vrai, ce que tu dis, Individu. Pour ce qui me concerne, ce n’est pas que « ça m’intéresse moins », les posts sur le rock, c’est surtout que je n’ai rien à en dire, ou très peu. Les anecdotes sur la vie de tel ou tel leader de tel ou tel groupe me sont inconnues, et une fois que j’aurais éventuellement exprimé que « j’aime ou j’aime pas », j’en ai fini le tour.

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      1. Après, pour faire le malin, je pourrais dire que « The Wedding Present », c’est pas un cadeau (arf arf arf !). Mais en fait, pas du tout, c’est même très bon, malgré le côté un peu bricolé de la prise de son et de l’interprétation en général. Mais après tout, les Stones ne nous ont-ils pas habitué à des albums bricolés depuis 852 ans ? C’est en tout cas l’avis très documenté de Pépin le Bref dans son excellent ouvrage (je vous le recommande) : Pépin en bref.

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  1. Il faut reconnaître que j’ai nettement plus d’affinités avec les groupes britanniques qu’avec leurs homologues américains, ne me demande pas pourquoi, je n’en sais rien. Je pardonne plus volontiers leurs faiblesses aux anglais, cela pourrait être d’ailleurs une idée de compile : UK versus USA où l’on opposerait des groupes British et des groupes US.

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      1. je faisais uniquement référence au groupe que David Gedge a créé après les Weddoes, Cinerama, que j’aime beaucoup.

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