Un petit vent de nouveauté (12)- Michael Head & The Red Elastic Band – Dear Scott (2022)

« Cet homme est le plus grand songwriter d’Angleterre, le reconnaissez-vous? » Tel était le titre un peu provocateur du NME en octobre 99. Entre les deux photos ci-dessous, une vingtaine d’années. Et toujours cette question: connaissez-vous cet immense songwriter?

0n ne peut pas dire que beaucoup d’albums m’ont enchanté depuis le début d’année. Mais ce Dear Scott fait partie de ceux qui donnent encore envie d’écouter des nouveautés, même si on devine un peu ce qui va nous attendre, parce que nous savons exactement d’où vient cette musique.

Donc, cet homme illustrement inconnu est Michael Head, et il écrit des disques (malgré de terribles vides et de lourdes dépendances toxiques) depuis une quarantaine d’années sans que pas grand monde ne s’en soucie.

Des années enchanteresses des Pale Fountains ne restent plus grand chose. Certains le regretteront, d’autres s’en réjouiront s’ils n’ont jamais été fan de ce groupe, A la place, nous avons une musique à la fois pleine de sérénité et de fêlures qui nous placent face à nos béances et fragilités. Une musique merveilleusement humaine.

Michael Head chante et compose encore. Non pas pour son compte en banque, juste parce que c’est une nécessité pour lui. Il nous délivre sa musique comme un don. Et on le reçoit en se disant que, d’une certaine manière, le monde est infiniment meilleur avec que sans.

Pas grand monde a parlé de ce disque alors que la place de son Magical World of the Strands de 2008 ne cesse de grimper en notoriété. Même les plus réfractaires aux Pale Fountains commencent à céder pour en faire l’un des plus beaux disques des années 2000. Ce disque, j’avais voulu le chroniquer chez Jimmy mais, juste avant que je ne propose mon article, quelqu’un l’avait fait à ma place. Puis je me rappelle avoir discuté avec quelqu’un du suivant, Adios Senor Pussycat (2017), chez Fracas. Et je m’étais rattrapée en chroniquant chez Jimmy le Pacific Streets (1994) des Pale Fountains.

Une longue interview sous-titrée en français

A l’époque, voilà ce que j’avais écrit :

Dans un coin de Liverpool, Michael Head tient toujours debout et continue encore d’écrire des chansons. De vraies chansons. Vous savez, de celles que lui seul peut écrire et chanter, malgré les blessures, les dépressions, l’alcool ou l’héroïne… Bien sûr, il peut toujours tomber, se faire mal, mais le talent est toujours là, unique, splendide, fragile, et tout ça tient à un fil. Michael Head est toujours debout et continue d’écrire des chansons et cela tient du miracle, surtout quand d’autres que lui continuent sans talent ou se taisent parce qu’ils ne l’ont plus depuis fort longtemps (ou feraient mieux de s’abstenir). Je ne vous propose pas son dernier album qui vient de sortir (car vous ferez certainement une bonne action à l’acheter), mais, à la place, le premier disque de son premier groupe, les Pale Fountains.

Certes, le son pourra vous paraître ingrat, mais quiconque possède l’oreille aguerrie saura y trouver d’impérissables trésors. A l’époque, ce disque était une totale anomalie, influence de bossa nova, de Burt Bacarach et de Love, et surtout plein d’envies folles de prendre le large. Et bien sûr, il y a cette voix, généreuse, qui vole et décolle et qui nous emporte. Aujourd’hui elle n’a plus ce rayonnant éclat, mais le poids d’une vie sans doute gâchée et tiraillée par de vilains démons, avec ce voile que seules possèdent les âmes blessées et cabossées par la vie. Quelque chose également de déchirant à ne vouloir sombrer. Ou, pire, se résigner. Mais on s’en fout, même tout cabossé, Michael Head tient toujours debout et continue encore à écrire des chansons. De vraies chansons avec ses doigts inspirés par des muses prodigieuses et sa voix d’or restée pourtant lumineuse parmi les ténèbres. Des chansons qui ont sans doute eu, elles seules, ce curieux pouvoir de le faire encore tenir debout.

Michael Head tient toujours debout parmi nous et continue d’écrire de vraies et immenses chansons. Et c’est tout simplement beau car rien n’est définitivement et infiniment plus humain que ce cœur qui se bat, se démène et s’empêtre, au lieu de tout naturellement battre comme le font habituellement ceux des autres encore et encore.

En concert, pour le plaisir de voir des gens authentiquement heureux d’être là

Alors c’est avec un immense plaisir que je chronique ce Dear Scott de 2022. Voici est un disque façonné à l’ancienne, comme le font les artisans. Ses sonorités acoustiques le placent dans ses petits trésors intimistes, réalisés avec les moyens du bord qu’on devine pas illimités, mais pour lesquels on a réussi ci et là à placer de discrets violons ou flûtes pour leur donner l’écrin qu’elles méritent au-delà de toutes considérations mercantiles, Vous ne trouverez donc ici rien de tape-à-l’œil, juste le plaisir d’une mélodie sans âge, parfois plus grande que la place qu’on leur laisserait spontanément, tellement elles savent nous prendre par la main. Et puis il y a cette voix, qui est un peu l’ombre d’elle-même quand on la compare avec ses jeunes années, mais qui a gagné une retenue des plus touchantes tout en sachant donner la beauté du souffle de la vie.

Plus que jamais, la musique de Michael Head nous est précieuse. Alors, peu importe que pas grand monde sache que cet homme est le plus grand songwriter d’Angleterre. Et c’est pourquoi on a plus que jamais envie de la partager.

Michael Head & The Red Elastic Band – Dear Scott (2022)

1- Kismet
2- Broken Beauty
3- The Next Day
4- Freedom
5- American Kid
6- Grace And Eddie
7- Fluke
8- Gino And Rico
9- The Grass
10- The Ten
11- Pretty Child
12- Shirl’s Ghost

Pour s’abreuver à la fontaine….

Audrey

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5 réflexions sur « Un petit vent de nouveauté (12)- Michael Head & The Red Elastic Band – Dear Scott (2022) »

  1. un de mes « héros » Mick Head depuis les Pale Fountains. Vu cette année en juin à Glasgow à St Lukes avec le Red Elastic Band et il y a un peu plus d’un mois au Strathaven hotel en acoustic (pas loin de Glasgow) avec Gerard Love ex-Teenage Fanclub en 1ère partie. Et puisqu’il revient chez nous en décembre, paf ! je vais le revoir une 3ème fois à Edimbourg avec The Red Elastic Band aux Voodoo Rooms! Il nous fait une série, j’en profite. malto

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