A redécouvrir (14)- Public Image Ltd- Album (1985)

L’adolescence est une période où l’on aime se sentir un peu différente (mais pas trop) des autres. Comment l’être à 14 ans en 1985? En écoutant Album de PiL!!! Un disque qui allait me faire rentrer dans l’histoire du rock passionnante de 1977 à cette année d’éveil musical. Autant vous dire que je lui dois beaucoup (même si j’avais un peu oublié avec les années à quel point).

Concernant PiL, l’histoire ne retient généralement que Metal Box, avec ce son dub mâtiné à la sauce Krautrock , classique aujourd’hui incontesté tant il aura été visionnaire et moderne. Ou un peu du premier album avec quelques bribes de Flowers of Romance et aussi quelques chansons ci ou là, qui ont pu passer (un peu) à la radio. Or, curieusement, le groupe dispose à son actif d’un autre grand disque que presque tout le monde oublie ou ignore. Un disque d’ailleurs qui n’a pas vraiment de nom puisqu’il reprenait le support que vous achetiez : Album, Compact Disc, Cassette. Alors, comment l’appeler si, comme moi, vous l’aviez enregistré sur une cassette à partir d’un vinyle? ^-^

Vous l’aurez compris, le groupe nous dit ici que nous achetions avant tout un produit, plutôt que de la musique. Or, aujourd’hui, je serais curieuse de savoir comment le groupe appellerait la version numérique : mp3 ? download ? En soi, il annonce ainsi sa dématérialisation, dit autrement, le produit prime sur le reste. Bien entendu, c’est aussi une posture cynique pour dénoncer le système que John Lydon a toujours aimé saborder de l’intérieur. « Anger is an energy » y entend-on.… Indeed ?

En effet, derrière ce marketing très malin et visionnaire, autant vous dire que ce disque est monstrueux. Monstrueux dans tous les sens du terme : gros sons, grosses chansons, super groupe. John Lydon l’a d’ailleurs présenté à l’époque comme étant son meilleur disque depuis Never Mind the bollocks, en soulignant ainsi la dimension punk de l’opus en question (c’était aussi parce que les journalistes rock lui en voulaient d’avoir tourné le dos à la musique de son premier groupe). Or, jusqu’à présent, le groupe se refusait d’être la prolongation des Sex Pistols, avec tout l’héritage qu’il impliquait.

S’agit-il d’un disque Punk ? Hum… Pas facile de répondre. On est effectivement face à un mur de guitares que PiL n’avait jamais déployé avant. Mais ça sonne plus Metal que Punk, avec même un vrai solo de guitare de plus d’une minute sur le dernier morceau (en soi n’est-ce pas là l’un des concepts suprêmes anti-punk ?). Le son y est énorme, les guitares sont grasses, avec sa grosse batterie, ses gros claviers, bref tous les mauvais clichés des 80’s… Quant aux chansons, on est face à un vrai paradoxe. Comment des chansons aussi minimalistes mélodiquement parlant, et quelque part aussi vulgairement aguichées, peuvent-elles encore fascinées? Parce que, bien entendu, tout ça est un peu plus compliqué qu’il n’y parait.

D’abord, il y a le mini-tube Rise, avec une vraie mélodie cette fois-ci, et ses accents presque médiévaux. Et puis, pour le reste, derrière ce décorum clinquant et excessif, il y a des chansons étrangement rachitiques, avec leur refrain qui scande, en gros, un ou deux mots et puis c’est tout. Ce minimalisme a toujours été la marque de fabrique du groupe. Et bien sûr, la voix de John Lydon qui distille son ironie, sa colère ou nous donne des leçons, en tant qu’éternel empêcheur de tourner en rond.

A l’époque, le groupe n’en est plus vraiment un, puisque John Lydon s’est brouillé un par un, avec tous les membres fondateurs. Donc, après son plus mauvais disque, This is what you want… This what you get (1984), le voilà obligé de prouver aux autres que PiL est son groupe à lui. Alors, son producteur, Bill Laswell (rencontré à l’occasion du projet Time Zone pour ceux qui n’auraient pas tout suivi), se met à ne réunir que des pointures : Ryuichi Sakamoto aux claviers, Steve Vai à la guitare et surtout Tony Williams ou Ginger Baker derrière les fûts. Et là, au lieu de donner un truc creux de requin de studio ou, pire, complaisant, comme ce que font habituellement tous ces « super groupes » de circonstances, il se passe ici étrangement quelque chose. Car, au-delà des clichés du son, les chansons qu’on écoute refusent de se céder à nous. On se dit que c’est too much ou bien trop peu, alors on les réécoute, histoire de trancher, mais rien n’y fait, on n’y arrive pas. Elles finissent par exister dans nos têtes malgré et surtout contre nous. Voilà toute la force de ce disque de nous faire aimer ce qu’on devrait plus ou moins détester sur le papier.

Pour ma part, c’est avec ce disque que je suis entré dans l’univers de PiL. A l’époque, le groupe bénéficiait d’une sorte d’aura un peu sulfureuse qui le rendait difficile d’accès, on va dire pas un truc de filles. Et j’avais malgré tout compris qu’il s’agissait de punk. D’ailleurs je n’allais pas tarder à prendre le fameux Never mind the bollocks dans les oreilles quelques mois plus tard. Et bien sûr, les autres groupes de 1977 dans la foulée plus ou moins rapidement. En plus, avec ce disque je pouvais même parler aux hardos parce qu’il était suffisamment bruyant pour euxet qu’il comprenait même un long solos de guitare (de quasi 2mn dans le morceau final Ease), un truc suffisamment technique pour leur inspirer un peu de respect. Et pour rien vous cacher, le seul qu’il m’intéressait de vraiment écouter.

Il faut dire que Ease est une sorte de péplum punk tellement tout y est XL (la version ci-dessous vous prive de quasi mn d’intro aux synthés): rythme implacable, chœurs presque gothiques, mélodie un peu orientale, le tout nous conduisant vers un long crescendo qui aboutit à l’explosion du fameux solo de guitare. Allez, osons le blasphème: du punk progressiste!

Pas sûr que cela soit un vrai clip, mais bon

Donc, pour nous, ce disque est vraiment le chef d’œuvre méconnu de PiL. Et ce n’est pas que moi qui le dit, mais l’incontournable magazine UNCUT qui, lui aussi, dessert des quatre ou cinq étoiles à chacune de ces chansons. Alors, vous voilà prévenus. C’est un peu un disque qu’on déteste aimer, parce qu’il le fait un peu contre le bon goût et contre nous. Tout ça sonne un peu comme un anti-Metal Box en somme. Mais on va dire que PiL et son leader ne sont pas à ce paradoxe près. Et c’est aussi pourquoi on les aime bien, ces deux-là.

Du coup, avec tout ça, je ne vois pas quoi ajouter pour que vous preniez le temps de redécouvrir ce PiL électrique? (oups, c’est Francis qui me l’a soufflé…)

Public Image Ltd: Album (1985)

  1. « F.F.F. »
  2. « Rise »
  3. « Fishing »
  4. « Round »
  5. « Bags »
  6. « Home »
  7. « Ease »

Peu importe qu’il s’agisse d’un album, Compact Disc ou Cassette, c’est ici.

Audrey

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4 réflexions sur « A redécouvrir (14)- Public Image Ltd- Album (1985) »

  1. Ayant déménagé à Los Angeles peut avant la composition du disque, « Album » sonne plus rock FM que jamais. De ce fait Johnny Lydon~Rotten se retrouve avec le plus gros succès commercial de sa carrière depuis les Sex Pistols. Un excellent album servi par un brillant concept mais trop « convenu » et « sage » pour du Johnny Lydon~Rotten.

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    1. Le son était calibré pour le marché US, c’et sûr. Sage? Je ne sais pas… Musicalement sans doute. Mais en même temps, les morceaux ont quelque chose de monstrueux en de l’intérieur, je trouve. Comme s’ils refusaient de céder à nous… Et il est surprenant, car autant on le voit nous provoquer et être anti-commercial, autant personne n’imaginait Lydon écrire Rise (même si je ne sais pas si c’est vraiment lui qu’il l’a écrit à 100%). De toute façon, Lydon agit plus en chef d’orchestre… Il entend ce que personne n’entend… C’est un peu un Miles Davis du Rock sauf qu’il ne saurait pas joué d’un instrument (waouh… ça c’est de la formule! ^-^.

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