Les théories du Rock (8): Le Fameux et souvent casse-gueule second album (illustré par The Dry Cleaning- Stumpwork (2022))

Dans l’histoire, il y a ce qu’on appelle la « Malédiction du second album« . Pour un groupe, au delà de faire mieux, l’enjeu est simple (et compliqué à la fois): faut-il creuser le sillon qu’on a creusé ou chercher ce qu’on a dans le ventre pour trouver autre chose.

Les exemples de second album plus ou moins loupé sont assez légions: par exemple, The Clash, The Jam, les Strokes, Television etc. Il y a bien entendu ceux qui transforment leur premier essai en quasi brouillon tellement ils progressent vite. Par exemple, les Pixies, The Cure, My Bloody Valentine, les Pogues, Amy Winehouse, ou… Public Image Ltd (ils sont décidément partout)…

Parfois, il y a ceux dont on se rend compte qu’après coup qu’ils avaient fait mieux , seulement le public voulait tellement prolonger ce que le premier avait créé qu’on n’a pas voulu l’admettre. Par exemple, Supergrass,..

Le cas de Dry Cleaning (dont on avait chronique le premier album ici) est encore plus spécifique: derrière ce qui ressemble à une formule, arriveront-ils à nous la reservir pour notre plus grand plaisir, sous réserve de ne pas nous lasser ou vont-ils se vautrer par peur de détruire leur identité (comme le fit The Kings of Leon)? Et question subsidiaire: Florence Shaw va-t-elle enfin se décider à vraiment chanté? Le suspense est entier!

Bon, en fait pas vraiment. Ils sont toujours sur 4AD et on retrouve ici les mêmes ingrédient que le précédent, avec la confirmation que, décidément, elle ne veut pas chanter (même si cela serait presque ça sur Don’t press me)! Donc, maintenant que ce point est réglé, l’enjeu est de savoir si les guitares toujours parfaitement Post Punk sont à la hauteur pour combler cette sorte de vide fascinant laissé par la voix?

J’aurais tendance à dire que oui. Il n’y a aucune lassitude, si ce n’est même qu’elles sont aussi doublées et que le groupe ose ouvrir son univers à d’autres instruments. On est donc dans la continuité mais en un peu moins chiche, puisqu’un clavier se fait entendre ici ou un saxo par là… Et en soi, lorsqu’ils surgissent, c’est autant de surprises inattendues.

L’enjeu d’un second album est de prouver au monde qu’on a sa place dans le paysage musical et qu’on est suffisamment intéressant pour y rester et continuer de capter l’attention. Certes, il y aurait aussi une théorie du Rock à écrire sur les premiers albums fulgurants sans suite (comme PiL.. euh non, oups, comme les Sex Pistols) mais le second album s’écrit parfois avec ou contre ceux qui vous ont aimé. En effet, les fans sont à la fois les meilleurs alliés et meilleurs ennemis des artistes. Ce sont les premiers à crier à la trahison quand on évolue trop vite à leur goût, et les premiers à finir par se lasser quand on évolue pas.

En l’occurence, il est clair que Dry Cleaning offre du velours pour ceux qui ont soif de guitares indie/Punk rock à la sauce british, un créneau qui a de moins en moins sa place sur ce qui émerge du vaste océan créatif d’aujourd’hui, avec tout ce hip hop et ce r’n b, deux genres d’où sorte l’essentiel des nouveaux talents depuis plus d’une décennie. Et même quand ces derniers n’en sont pas ouvertement imprégnés, ils en ont subi l’influence, preuve que ces deux mouvements sont devenus un langage quasi universel où le rock peine à trouver sa place (si ce n’est en se dissolvant dedans plus ou moins timidement). Dry Cleaning n’a clairement rien à faire de ces deux styles et parlent d’autant plus facilement au public quinquagénaire en soif de sensation plus ou moins nostalgiques dont je (vous?) fais (faites?) partie, ne le cachons pas.

Pour ma part, je serais incapable de vous dire si Stumpwork est meilleur ou moins bon que New Long Leg, juste que la sauce prend et qu’ici ou là, on a le sentiment que le groupe creuse son sillon et qu’il avance ses pions d’une manière presque implacable. J’irai même jusqu’à dire que certaines chansons me paraissent plus fortes. De là à ce que l’album figure en bonne place dans le Palmarès de fin d’année? En tout cas, on le saura très bientôt…

Bien entendu, cette théorie du Fameux second album n’a de sens que parce qu’il y a celle du non moins fameux troisième album, celle qui fait entrer quoiqu’il arrive les petits groupes en grands (ou les plonge le plus souvent dans l’oubli). Dry Cleaning sera-t-il celui d’une formule bonne à répéter jusqu’à plus soif telle que les Ramones ou les Cramps le firent? Ou un feu de paille, comme pour les plus récents XX ou Cigarettes after sex qui avaient un univers de départ tellement fort qu’ils finiront par ne pas parvenir à en sortir?

C’est précisément là qu’on attendra définitivement Dry Cleaning la prochaine fois…

The Dry Cleaning- Stumpwork (2022)

  1. Anna Calls From The Arctic
  2. Kwenchy Kups
  3. Gary Ashby
  4. Driver’s Story
  5. Hot Penny Day
  6. Stumpwork
  7. No Decent Shoes For Rain
  8. Don’t Press Me
  9. Conservative Hell
  10. Liberty Log
  11. Icebergs

Pour le linge sale, ça se règle toujours ici.

Francis

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3 réflexions sur « Les théories du Rock (8): Le Fameux et souvent casse-gueule second album (illustré par The Dry Cleaning- Stumpwork (2022)) »

  1. J’ai toujours aimé et beaucoup écouté l’album « This is a modern world » de The Jam (sauf la reprise de Wilson Pickett) et je ne comprends pas en quoi il peut paraître raté.

    (Quant à The Dry Cleaning, je ne connais pas et je n’en ai jamais entendu parlé – je ne suis pas les « actualités » rock depuis la fin du siècle dernier.)

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    1. Disons qu’à l’époque le groupe était usé et n’avait pas eu le temps d’écrire beaucoup de chansons. On considère que le disque était globalement décevant par rapport au premier et qu’il était très en-dessous des suivants qui vont faire éclater au grand jour les qualités de songwritting de Weller (qui n’a pas a priori jamais non plus beaucoup apprécié This is a modern world). Bref, pas sûr que The Jam aurait eu la même place dans l’histoire s’il n’avait pas surpassé par la suite le fameux second album.

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