Les Cadeaux des lecteurs (2): Hommage à… Peter Green (par Duke)

Aujourd’hui, grâce à Duke, on fait deux rubriques en une. D’une part, un hommage à… Peter Green, le premier guitariste légendaire de Fleetwood Mac (qui finira pas très bien) et un Magnifique cadeau des lecteurs, avec ce long billet et deux albums à la clés, dont une Compilation Maison. Autant vous dire que ça va parler blues et… guitaristes que la légende a parfois oubliés à tort. Et ça tombe bien, on voulait justement vous parler de Fleetwood Mac, donc notre contribution attendra pour céder la place au Duke!

Je consultais cet été l’article d’un magazine relatant l’histoire du féminisme derrière les pochettes de disques misogynes. Un véritable sujet de thèse que l’auteur avait malheureusement bâclé en catégorisant tous les visuels en sous-dossiers (Menotte, nympho, pâtisserie, pipe, sein, fesse, jambes, culotte, lingerie…) sans argumentaire convaincant. Tout en me rinçant l’œil devant les inévitables pochettes moites de nanars disco funk, je constatais avec regret que certaines des plus emblématiques couvertures « outrageantes » avaient été oubliées de la sélection.

Exit, la pochette anglaise d’Electric Ladyland (1968) du Jimi Hendrix Experience : une meute de louves -groupies aux poitrines naturelles soi-disant ramassées par le photographe dans les rues de Londres faisaient mine d’attendre que l’une d’entre elle fusse choisie par Jimi en guise de récompense. Cette pochette scandaleuse aurait été imposée à Jimi Hendrix par sa maison de disque. Exit, les covers de Roxy Music dont la délicieuse Country life avait grandement stimulé mon désir adolescent de nature champêtre surtout pour le mannequin de droite à la mâchoire androgyne. Exit, la couverture du Live 1969 du Velvet underground dont suintait une odeur de sexe sale et douloureux. À classer dans la catégorie « SM » ou « culotte » comme celle dans un style plus potache de School’s out d’Alice Cooper pour les collectionneurs chanceux qui ont conservé le slip qui se cachait sous le pupitre de carton.

La couverture de The Answer (1970) de Peter Bardens évoque plutôt une domination masculine soft à la sauce hippie. Un seigneur satisfait entouré de ses muses protectrices trônant sur un fauteuil de velours richement orné, se relaxe avant le supplice de la plume que vont bientôt lui administrer les demoiselles. Le fond d’écran ressemble à l’Éden tropical habituellement fantasmé par la flower generation. Dommage que le galurin moyenâgeux coiffé par Peter Bardens casse un peu le coté dandy du personnage mais il fait chaud au paradis, très chaud…

Dans un style proche mais beaucoup plus suggestif, l’emballage de Ain’t that a bitch de Johnny Guitar Watson (1976) ne fait pas dans la nuance. Les deux meufs sont carrément couchées aux pieds de Johnny qui arbore costume et chapeau blanc de maquereau des beaux quartiers d’un plus bel effet avec en prime une laisse traînant sur le tapis. On pardonnera au Gangster of love cet excès de muflerie car ce genre de tableau était monnaie courante dans la sphère Soul Funk.

Leroi Jones dans son ouvrage définitif le peuple du blues nous apprend que le terme funk était associé à l’odeur du sexe pour bon nombre de noirs avant d’être transposé à la musique au style funky (qui sent le noir, la sueur et la fumée des bouges crasseux dans lesquels ils se produisaient ou la cuisine épicée de la Nouvelle Orléans) . Évoquer les relations entre le sexe et la musique rythmée qui nous intéresse, relève du lieu commun car le blues qui a donné naissance à tout cela est une musique éminemment sexuelle.

Si je vous parle de blues, c’est parce que Peter Green vient de calancher (c’est l’année dernière que j’ai écrit le billet). Avec Mike Bloomfield, John Cipollina, James Gurley, Rory Gallagher et Martin Stone c’était mon guitariste de blues blanc préféré vu que Jimi Hendrix boxe hors catégorie et qu’il est noir bien sûr. Je voulais lui rendre hommage et également à Sean Tyla qui n’a rien à voir avec Peter Green.

Peter Green aura eu un destin maudit. Après avoir suivi régulièrement les classes préparatoires du blues anglais notamment au sein des Bluesbreakers du Maître d’armes John Mayall dans lequel il remplacera Eric Clapton pour le très recommandable album A Hard Road, il va former Fleetwood Mac en 1967 avec ses anciens collègues des Bluesbreakers Mick Fleetwood (la grande perche) et John Mc Vie (les belles bacchantes), deux gros buveurs qui viennent de se faire éjecter par le druide pour insoumissions répétées.

Jeremy Spencer une émule d’Elmore James et fin guitariste slide qui a la particularité de débiter des insanités sur scène avec une bible dans la poche, complète le quartette qui sera augmenté d’un troisième jeune guitariste remarquable, Danny Kirwan à partir de 1969.L’inévitable Mike Vernon produit le jeune groupe sur son label Blue Horizon.

Le premier album qui sort en 1968 au moment de l’apogée du blues boom sous l’étiquette Peter Green’s Fleetwood Mac aura un succès retentissant. Les Macs dans cette configuration incarnent pendant trois ans une formation de blues époustouflante et créative. Un groupe sans ego très soudé par la camaraderie qui laisse chacun de ses membres prendre la lumière. Les reprises de standards côtoient dans leur répertoire les splendides compositions de Green (black magic woman, the green manalishi, oh well, albatross, man of the world…)

Ou celles de Spencer et Kirwan (Dragonfly ):

Ou même des improvisations dans un registre moins acide que celles des groupes de San Francisco. Green avec sa voix blanche et sensuelle alterne le chant et la guitare lead avec Jeremy Spencer dont le style aurait influencé le précoce Duane Allman.

Il procède d’une approche du blues beaucoup plus charnelle (sexuelle) que les autres ténors du blues boom (Clapton, Beck, Page), son attaque saignante sur la légendaire Gibson Les Paul sunburst 59 (qu’il revendra au novice Gary Moore) est immédiatement reconnaissable. Il tranche la note, laisse résonner sa profondeur à la manière d’un BB King. Écoutez cette simple note géniale qui résonne en intro de Black magic woman.

Son entente légendaire de double soliste avec Danny Kirwan donne l’occasion à Fleetwood Mac d’étirer des morceaux tels que Rattlesnake Shake en une longue Jam session, mettant Jeremy Spencer un peu sous l’éteignoir, (il finira par quitter le groupe pour rentrer dans la secte des Enfants de Dieu). Sur scène ils ne rechignent pas sur la boisson et transforment leurs prestations en une sorte de foire au blues vulgaire et drôle (vaudeville). Les indispensables enregistrements de Fleetwood Mac Live at the Boston Tea Party (1970) exhumés en 1998 dans leur version intégrale (3CD) témoignent d’un groupe en pleine maturité jouant un blues cru, fidèle et sans concessions.

L’aube des années 70 augurait d’une réussite commerciale et artistique pour toutes les formations de british blues à condition qu’elles musclent un peu leur jeu comme disait Aimé Jacquet. Mais alors que le groupe amorçait le virage d’un heavy blues psychédélique prometteur (leur troisième et magnifique album Then play on) Green est incapable d’assumer son statut de frontman, il a perdu son « black cat bone », pété les plombs à l’instar de Roky Erickson, Syd Barret, Skip Spence et tant d’autres à cause des drogues et n’est jamais revenu à son niveau. Pire, il a dû supporter de voir l’ancien groupe qu’il avait guidé si bravement se transformer de façon progressive tout à fait incroyable en mastodonte du rock FM et ramasser les liasses de dollars devant ses yeux écarquillés par les électrochocs qu’on lui administrait au cours de ses séjours en HP. Reconverti en pompiste, la légende raconte qu’il aurait un jour fait le plein de la Mercedes de Mick Fleetwood. Mauvais Kharma !

The Answer (1970), premier album solo enregistré par Peter Bardens (qui fondera plus tard le groupe de rock progressif Camel) est un indispensable pour tous les fans de Peter Green d’autant que le guitariste n’est pas crédité sur le disque et que Mickey Gee la célèbre gâchette Galloise participe à l’enregistrement.

Bardens est une vieille connaissance de Fleetwood et de Green puisqu’ils officiaient ensemble dans les sixties au sein de Shotgun Express avec sa majesté gorge profonde, Rodney « the mod » Stewart.

J’ai placé avec le post une compilation qui couvre toute la période Green de Fleewood Mac avec des enregistrements live qui combleront tous les amoureux du blues ainsi que le disque solo de Bardens qui est encore dans une démarche pré-progressive assez savoureuse. (A vous de deviner qui de Green ou Gee joue les parties de guitare)

L’album du pianiste Otis Spann accompagné par Fleetwood Mac : The biggest since colossus (1969) est également un must.

Le grand BB King qui avait enregistré live avec Peter Green en 1968 à Londres aurait dit de son jeu que c’était le seul à lui avoir mis le « cold sweat » (la chair de poule). Un hommage auquel n’aura pas droit son chauffeur de luxe (Riding with the king) Eric Clapton qui eut également une influence sur le jeu de Green.

Peter Bardens – The Answer (1969)

The Answer: Peter Bardens, Peter Bardens: Amazon.fr: CD et Vinyles}

« Compilation Maison » par Duke de Fleetwood Mac avec Peter Green

Duke (août 2020)

Et si, vous aussi, vous avez envie de rendre hommage à un artiste ou de proposer un cadeau des lecteurs,  contactez nous.

8 réflexions sur « Les Cadeaux des lecteurs (2): Hommage à… Peter Green (par Duke) »

  1. Je ne connaissais pas très bien Peter Green. Avec tes deux disques, cela offre effectivement un beau panorama de l’étendu de son talent. So jeu est effectivement très fluide. J’appréciais déjà son approche notamment dans Albatros et Oh well ou dans Then Play on, mais là cela devient plus lumineux. Quant au disque de Peter Barnes, c’est une découverte!
    Francis

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  2. J’aime beaucoup Jérémy Spencer aussi. Ce qui est marquant dans cette période de Fleetwood Mac c’est leur passion du blues tout comme Canned heat qui leur ressemble beaucoup.
    Les vieux bluesmen du Delta qui seront redécouverts par la suite doivent beaucoup à ces freluquets anglais.
    Duke

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    1. Encore un grand merci pour cette belle contribution à notre blog. Je crois que j’aime Peter Green quand il s’éloigne du blues et en fait quelque chose de plus personnel. En écoutant ta compil, je me dis qu’écouter les originaux a plus de sens. Mais quand il devient vraiment Peter Green, c’est magnifique.
      C’est dommage que ton article n’est pas suscité plus de réactions. Mais la rentrée est calme.
      Audrey

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  3. J’aime un peu moins les albums solos de Peter Green mais je trouve que ce type avait plus de personnalité qu’un Éric Clapton par exemple.
    Écoute le live at Boston Tea Party ils sont au top.
    Je suis d’accord pour écouter les originaux mais c’est un peu comme la Country on peut aimer Hank Williams et les Eagles ou Son House et Fleetwood Mac ou BB King. Certains puristes vous diront que non mais je m’en fiche.
    Merci pour votre hospitalité.
    Duke

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  4. Je suis un gentil garçon, je fais en ce moment l’effort d’écouter la compilation « Before the beginning » parce que les tauliers de ce blog ont dit un jour qu’il ne faut pas rester sur ses préjugés et c’est vrai que c’est mal, les préjugés.
    Je reconnais que ce n’est pas mauvais, mieux que les maigres vagues souvenirs que j’avais, mais quand même je me fais un peu chier, et j’ai beaucoup zappé.
    Je vous livre maintenant mon idiotie consternante pour le sujet de cet article :
    Est-ce que Peter Green est un Pierre vert ?

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